Pression sociale: un lutin dans un sac opaque

Je suis pas mal certaine de n'être pas la seule qui, après avoir trouvé refuge... (Archives, La Presse)

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Hani Ferland

Je suis pas mal certaine de n'être pas la seule qui, après avoir trouvé refuge chez Morphée, se réveille en sursaut au bout d'une demi-heure en s'écriant : « ESTI J'AI OUBLIÉ DE FAIRE GROUILLER LE LUTIN ».

Toi aussi hein tu vis l'angoisse? Je le sais que tu vis l'angoisse. On vit tous l'angoisse à cause de ces bebittes laides là.

La féérie des Fêtes m'apparaissait déjà à ce point chez nous (c'est pas mêlant, mon grand de 11 ans croit encore au père Noël) que je me pensais au-dessus de ça la game des lutins farceurs. Mais cette année, ça me rattrape. OH QUE ÇA ME RATTRAPE.

C'est parce que dans la cour d'école, ça se jase.

« Tous mes amis ont attrapé des lutins », que m'a dit Loulou l'autre soir, envieux. C'est là qu'il a développé une étrange addiction à écouter des clips amateurs de chasse lutine sur YouTube. Piéger un elfe de Satan Santa devenait pure obsession pour mon infant.

Il a étudié fort l'affaire pour en venir à construire un élaboré piège (une bouète de cartron) dans lequel il semé moult barres tendres et biscuits. Si les appâts disparaissaient mystérieusement à tous les jours, aucun lutin ne faisait d'apparition en scène (des cristie de gros écureuils oui par exemple).

Après trois jours, il a décidé d'élaborer sa tactique : son crafting fut emballé dans le plus beau papier de Noël qui trainait dans la maison. « Ça va l'attirer, j'en suis certain », que Loulou m'a dit avec aplomb.

J'ÉTAIS FAITE BEN RAIDE.

Parce que voir mon fils se donner autant de mal pour attraper une bebitte à grelots puis voir sa bine déconstruite à tous les matins commençait à être d'une tristesse infinie.

Donc un soir, j'ai suivi le troupeau et j'ai arpenté les magasins pour trouver la bête. Parce que c'est d'même que ça se pogne des lutins : les boîtes en carton embellies au papier rouge et vert y changent e-rien. Sauf qu'il s'est passé de quoi qui m'a rendue nerveuse : y en avait plus nulle part dans mon boute de l'Esss. Et je ne voulais pas revoir la tronche pleine de pathos de fils le lendemain matin. Que non.

L'angoisse.

À neuf heures moins deux, je suis entrée en sueur dans le dernier magasin sur ma liste. Ma planche de salut : il restait une couple de farfadets.

Sauf que là, j'étais toute seule dans le magasin. J'avais juste un lutin à payer. Tout le staff attroupé aux caisses me zieutait.

« Bonsoir. Jugez-moi pas : je vis de la pression sociale. Dites rien svp. Pis mettez-moi ça dans un sac opaque sivouplait. » Le staff riait. Y avait rien de drôle.

Le lendemain, Loulou a fait comme à tous les matins depuis une semaine : il s'est levé aux aurores et a enfilé ses bottes. Me suis levée aussi, quand même un peu énervée de voir la suite des choses.

« Le piège est fermé », qu'il m'a dit gravement avant de sortir dans l'air frette. J'ai faite une face de pessimiste qui croit en rien.

Pis je me suis pitchée à la fenêtre.

Il a soulevé la boîte et il a figé. Un bon 5 secondes de figeage. Pis là, boom, il s'est transformé en feu d'artifice. J'EN AI POGNÉ UN qu'il a crié comme un perdu, réveillant l'Esss au grand complet.

Fait que la magie de Noël, c'est la face de mon fils à cet instant précis. Et c'est de cette face-là que je me rappelle quand j'étale des rouleaux de papier de toilette à grandeur de la salle de bain en retenant deux trois sacres parce que c'est moi qui va ramasser le joyeux bordel le lendemain. C'est cette face-là qui me fait dire : « Mayeule. Mon fils is living the dream. »

Joyeux lutins gang. ÇA ACHÈVE.

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