Aye. Crisse.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Véronique Grenier, Keith Éthier

Ce n'est pas un beau mot, crisse. On le sait. Ça paraît peut-être un peu violent, on le sait, ça, aussi. Et on assume. Mais c'est pas dirigé vers toi. Quand même. On se connaît pas, ce serait un peu intense. C'est qu'on trouve que ça suffit. « La situation. » Et on manque peut-être de mots, pour l'exprimer. Et c'est rare, on va t'avouer, qu'on manque de mots. Mais là, avec les haussements d'épaules, les yeux en l'air, la mâchoire qui se crispe, l'exaspération a fini par nous faire lâcher un « Aye. Crisse. ».

Ça pourrait se poursuivre d'un « Euh. Kessé tu fais, gouvernement? ». Ce serait un peu rhétorique comme question parce qu'on le voit ben, ce qu'il fait. C'est juste que. Vraiment. Quelque chose nous échappe. Dans le sens. La pertinence. Un peu le toute. C'est tellement gros ce qui est en train de se passer. Dans notre face, sous notre nez. Ça arrive, ça pleut. De toué bords. Des coupes, des hausses. L'État sous la hache. Les citoyens, aussi. Nécessairement. Notre paradigme social va changer. Et on ne se souvient pas tant quand exactement on nous a consultés là-dessus. Quand exactement, on nous a clairement annoncé que c'est ce qui se passerait si ce gouvernement était élu. C'est une chose de ne pas respecter ses promesses politiques, c'en est une autre, et une grosse autre, d'agir comme si aucun compte n'était à rendre à la population, comme si l'avis de ladite population ne comptait pas. Alors qu'on l'attaque, littéralement et brutement, ladite population.

Cela fait que. On regarde les choses aller depuis quelques semaines, quelques mois, déjà. Et on a de plus en plus la chienne. Pour l'éducation, les familles, la classe moyenne, la classe pas moyenne, les femmes, les retraités, les municipalités, la santé, nos p'tits, un peu pour toute, en fait. Parce que derrière ces mots et derrière le novlangue avec lequel on nous présente tout ça, ce sont des gens, des nous pis des vous ben en chair, ben concrets, qui seront coincés, pénalisés, corde au cou-és.

Et au nom de kessé? La dette? L'équilibre budgétaire? Une ceinture, du gras, un père? Au nom d'une rhétorique, surtout, d'un discours tristement internalisé que la « juste part » revient essentiellement aux citoyens, aux utilisateurs donc payeurs, que ce sont eux qui abusent tout le temps de toute. Qu'il n'y en a pas de revenus générés par les investissements dans le filet social, la fonction publique, l'universalité. Me semble qu'on a fait des choix de société, à un moment donné. Me semble que le Québec s'est sorti de sa misère avec ces choix. Me semble. On jase, là.

Et on n'est pas des idiots. On voit les chiffres, nous aussi. Alors. Certes la dette, certes l'équilibre budgétaire. Mais. Sincèrement. On aimerait ça que la démonstration soit faite que les millions qu'on coupe partout ne pouvaient pas être pris ailleurs. Tousse... paradis fiscaux... tousse... imposition des banques... tousse... taux d'imposition des grandes entreprises, tousse pis tousse encore. Avant qu'on se le décâlice le tissu social. Avant que la société, atomisée, ne puisse plus se tenir en tas parce que ses parties, dans une logique de faim, ne seront plus qu'en compétition. En mode survie. En mode hostile. Cette « situation », ce que le gouvernement nous impose, là, va créer de la souffrance. Et elle pourra bien être minimisée en mots par le pouvoir, par des chroniqueurs, par des individus qui en seront loin, elle sera là, pareil. Et on refuse de l'accepter, d'être des témoins silencieux, de baisser les yeux, les bras.

Même si pour l'instant, on doit l'avouer, nous sommes encore sous le choc. Anesthésiés, impuissants. Mais ben écoeurés de l'être. Il n'y a que ce « Nenon, ça ne doit pas arriver », cette impression que quelque chose de terrible, de grave, est en train de se profiler et de se désincarner sous nos yeux. Et à part aligner des mots, chialer sur les réseaux sociaux, joindre nos semblables dans la rue, on se demande sincèrement kessé qu'on peut faire. De plus. Mais on ne peut pas pas lutter. Parce que ce qu'on exige de nous est injuste. Point.

Le gouvernement de Jean Charest nous avait fait le cadeau de la violence du silence, celui de Philippe Couillard semble être celui de l'inconsidération et à cela, un peuple doit dire « Aye. Crisse. ». Parce que deux ans plus tard, ce n'est pas « juste » l'éducation qui est attaquée, mais bien le tout, l'ensemble. Et c'est donc, ensemble, que nous devons être indignés. Et c'est donc ensemble que nous devrons réagir. Du moins, on se le souhaite fort.

#fucklaustérité

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer