Un jour inoubliable

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Cette semaine, ça va faire huit ans que je partage ma vie avec ma blonde. Les anniversaires comme ça me rendent toujours un peu fou, parce qu'ils viennent m'ancrer brusquement dans le temps et me rappellent qu'il s'écoule comme de l'eau.

Huit ans.

Si je voulais me la jouer un peu symboliste, je pourrais dire qu'il s'agit presque d'un temps infini : 8. ∞.

J'ai pourtant l'impression de l'avoir rencontrée hier, alors qu'elle portait des chandails de bands, une ceinture à studs bouclée sur le côté et qu'elle était toujours coiffée d'une casquette ou d'un chapeau.

Récemment, on se demandait justement ce que pouvaient bien être nos meilleurs souvenirs; ce qui nous avait marqués dans nos premiers moments. Elle m'en avait donné au moins cinq, pendant que moi eh ben... je suis poche dans ces affaires-là.

Bien sûr qu'il y a eu un premier baiser, des papillons dans le ventre et tout, mais à vrai dire j'étais un peu gêné, parce que l'un de ces moments est tout sauf semblable à la scène où Noah soulève Allie pour l'embrasser sous la pluie dans Les pages de notre amour.

La scène se déroule plutôt dans un endroit aussi romantique que peut l'être le stationnement d'une caisse populaire Desjardins. Ma voiture ne veut plus démarrer. C'est l'automne et il fait froid : une journée de M-A-R-D-E.

J'avais rendez-vous avec Val, à qui j'essaie d'expliquer qu'on doit remettre ça.

« Je vais m'arranger », que je dis avec mon orgueil de gars qui connaît autant la mécanique que le secret de la Caramilk.

« Voyons, j'vais pas te laisser là », qu'elle me répond comme une fille qui sait décoder l'orgueil mal placé.

Normalement quand tu commences à fréquenter quelqu'un tu tentes de te présenter sous ton meilleur jour. C'était raté.

Voilà ma date qui s'amène avec son père pour diagnostiquer le problème de mon bazou d'étudiant et qui prend même place derrière MON volant afin d'essayer de démarrer sous les ordres de son paternel.

Je tentais de rester impliqué dans le processus en relayant l'information de l'un à l'autre, sans doute positionné à 10 sur l'échelle du gendre non recommandé par l'homme qui avait assurément autre chose à faire que de s'occuper de moi.

Ils ont finalement trouvé la pièce défectueuse, que j'ai pu aller chercher grâce à Val, qui m'a lifté. Au retour, j'ai raté la chance de me reprendre en passant près de m'électrocuter en l'installant, mais au moins ma voiture était réparée.

« Ça nous a fait toute une journée », qu'elle me glisse avant de partir avec un beau sourire.

J'ai acquiescé, mais ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'elle venait de transformer une journée de marde en jour inoubliable.

Après huit ans, Val ne porte plus de chapeau ni de chandails de bands. Sa ceinture n'a pas de studs et est bouclée à l'avant comme la majorité. Mais si elle a quelques défauts, dont le pire est probablement de regarder la télésérie Yamaska, que je conspue religieusement chaque fois que la chance m'en est donnée (est-ce qu'on peut faire plus drabe qu'un soap sur les hauts et les bas d'une famille de Granby?), depuis novembre 2006, je suis convaincu d'être toujours amoureux d'une femme sur qui je peux compter même lors des pires journées.

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