Mais Monique Gagnon-Tremblay a admis hier à un collègue que si elle avait eu dix ans de moins...
Okay. Je veux dire, si elle-même juge et décide qu'à 72 ans, ça va, elle a fait sa part, elle a envie d'autre chose, elle n'a peut-être plus l'énergie et tout ça, ça va.
Mais si c'est quelqu'un d'autre qui juge qu'à 72 ans, ça va plus, elle a fait sa part, elle devrait avoir envie d'autre chose, elle n'a sûrement plus l'énergie et tout ça, ça m'énerve.
Je vous parle de ça parce que quelqu'un m'a récemment dit au sujet de Monique Gagnon-Tremblay: «à 72 ans, c'est beau là, elle pourrait laisser la place à plus jeune...»
Quoi?
Non. Dites-moi que vous avez besoin de changement, que vous êtes insatisfaits de son bilan ou de celui de son parti, dites-moi que vous doutez de ses compétences ou que vous êtes convaincus de son incompétence. Dites-moi que vous considérez qu'elle a assez donné et qu'elle a droit à une sortie en douceur. Mais ne me dites surtout pas que rendue à son âge, bla, bla, bla...
Je vous le rappelle, pour que les choses soient bien claires, ceci n'a rien à voir avec Monique Gagnon-Tremblay. Par contre, tout est en lien avec son âge. En fait, pas nécessairement le sien, mais l'âge, en général, le vôtre, le mien, celui de la compétence.
Déjà, la compétence. Y a pas que l'amour qui n'a pas d'âge. La compétence non plus, et donc, par ricochet, idem pour l'incompétence.
On peut ainsi être incompétent à 20 ans, et le rester jusqu'à 99, on connait tous des causes perdues. Dans le même sens, il y a de ces hommes et ces femmes qui demeureront toute leur vie durant et jusqu'à leur dernier souffle des penseurs, des artisans, des créateurs, des leaders et des bâtisseurs inspirants.
Tenez, si jamais vous avez un doute, tentez de mettre la main sur un vieux bouquin de Robert Griffon publié chez Stock en 1995 et intitulé Les triomphes de l'âge. Pas de la grande littérature, mais une série de portraits de figures qui ont marqué l'histoire jusqu'à des âges bien avancés. Des Picasso, des Coco Chanel, des Rockefeller, des Eiffel, des Churchill, des Schweitzer, des Ferrari, des Dietrich et d'autres encore.
Y a entre autres l'histoire de Madame Simone, cette actrice et auteure qui faisait aussi dans la critique, nommée sur le jury du prix Femina alors qu'elle a bien 75 ans et qui publie son dernier roman à 93 ans avant de mourir... 16 ans plus tard.
Y a aussi l'histoire de l'exploratrice, journaliste, auteure, chanteuse d'opéra, spécialiste de l'orient et de ses religions, Alexandra David-Néel, qui publiait encore au moment de renouveler son passeport à l'âge vénérable de 100 ans.
Une trentaine de portraits comme ça, de gens qui sont demeurés dans l'action jusqu'à la fin.
Une trentaine de portraits auxquels on pourrait en greffer des milliers d'autres encore, en autant qu'on leur laisse le libre choix sans les pousser sur la voie de service à grand coup d'âgisme...