De la pluie ou du beau temps

Sonia Bolduc
La Tribune

Je vous laisse choisir: la pluie ou le beau temps. C'est l'un ou l'autre, pas les deux, parce qu'on ne fera pas une page complète avec cette chronique, il faut être raisonnable un peu, et puis, vous n'avez pas que ça à faire. Tout le monde est tellement busy.

Alors, la pluie ou le beau temps? Personnellement, je n'ai pas de préférence, c'est bien pour ça que je vous laisse choisir, bien que j'ai remarqué que vous êtes plus souriants quand vous vous ensoleillez, mais plus jasants quand c'est tout gris dehors comme en-dedans.

C'est vrai. Disons qu'il fait beau, comme le week-end dernier. Tout sourire, vous dites «Hey! Y fait-y assez beau? Ça fait du bien ça!» Puis c'est à peu près tout. Mais s'il pleut, s'il neige, si on gèle comme des petits grelots, alors là, on n'en finit plus de chigner, de bougonner, de sacrer, de maudire le réchauffement climatique pis de se rappeler qu'avant me semble que c'était moins pire pis que c'est tout le temps quand vous êtes en congé qu'il mouille pis qu'il vente à écorner les boeufs.

Moi, je vous l'ai déjà dit, ça m'est un peu égal, je m'adapte. En fait, j'en ai honnêtement rien à cirer de la météo, mais comme vous ne voulez semble-t-il plus entendre parler du conflit étudiant, je me suis dit, on va leur offrir une pause... C'est vrai ça, que vous êtes tannés d'en entendre parler?

Je connais quelques personnes qui gagnent leur vie en annonçant le temps qu'il fera demain. Des gens plutôt sympathiques, je dois l'avouer. Grâce à eux, vous pouvez planifier un peu; pour le séchage sur la corde, les balades en vélo, les pique-niques, les ventes de garage et le jardinage, c'est toujours pratique. Au Québec, c'est comme ça, on aime bien savoir de quoi demain sera fait.

Lu sur une pancarte rouge de jeune manifestant: Désolés de déranger, on essaie de changer le monde!

Au Québec, c'est comme ça, on aime bien savoir de quoi demain sera fait. Mais est-ce que les préparatifs pourraient se faire rapidement et en silence s"il-vous-plait, on est occupés là!?

Je pensais à ça l'autre jour quand quelques amis répétaient à quel point ils n'en pouvaient plus d'entendre parler de la grève. Ce n'était alors qu'une grève, pas encore la crise sociale que c'est ensuite devenue. Je pensais à ça pis à tous ces sujets dont on parle ad vitam nauseam, mais que ça c'est correct parce que c'est pas trop dérangeant.

De là la pluie ou le beau temps. Mais on aurait pu opter aussi pour Star Académie. Ou le Canadien. Ça, on peut s'en gargariser à l'année, y a pas de problème. Le Tricolore commence sa saison en octobre, après qu'on ait décortiqué le camp d'entraînement à la minute près, mais lorsque arrivent les séries en avril, on ne se découvre pas d'un fil, on prie pour qu'ils en soient, on s'accroche même des petits drapeaux (rouges) sur la camionnette en klaxonnant de bonheur lorsque Price fait un arrêt de la mitaine.

Je sais. C'est inspirant, rassembleur.

Lu sur une autre pancarte: Rêve d'un monde meilleur, le Québec de demain.

Ce que je préfère de la météo, ce sont les tendances à long terme. Z'avez remarqué, on dit «prévisions à court terme», mais «tendances à long terme», ce qui confirme qu'on peut prédire ce qui se passera dans les prochaines heures- avec plus ou moins de succès d'ailleurs, je le souligne- mais qu'après, pfff, difficile d'assurer. Ça relève presque de la pensée positive.

Là, pendant que j'écris, on nous prévoit de la flotte à court terme, mais les tendances sont ensuite au dégagement, à l'ensoleillement. Ce serait bien un dégagement. Du vrai changement. Mais bon, je vous l'ai déjà dit, je vous laisse choisir, c'est la pluie ou le beau temps.

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