Dieu merci. Parce que là, avec tous ces tristes récits qui nous accablent, je craquerais, c'est certain. Il y a quelques heures encore, sur facebook, je lisais le parcours effrayant d'une femme qui, au retour de la banque, avait dû revenir chez elle en empruntant Prospect plutôt que de Portland, et tout ça en raison des manifestations étudiantes de lundi. Z'imaginez?! L'angoisse totale.
Au moins, elle a eu la sagesse de ventiler, une décision souvent salvatrice lorsqu'on subit un tel traumatisme. D'autres n'ont pas cette opportunité facebook, ni même ce réflexe de survie. Ils restent là, repliés sur eux-mêmes, repassant en boucle dans leur petite tête cette scène terrifiante où ils ont été confinés à l'habitacle de leur voiture, immobilisés à deux coins de rue de la maison, au retour du travail, craignant manquer les prémices hebdomadaires d'Un souper presque parfait ou le premier apéro de la semaine.
«J'ai été victime d'une prise d'otage», auraient-ils pourtant envie de témoigner en larmoyant, à l'image de quelques parents récemment irrités par les quelques journées de grève des éducatrices de centres de la petite enfance.
Vraiment, à quand la formation de cellules de crise?!
***
Deux choses qu'il vaut mieux préciser à ce moment-ci. Oui, je pèche fréquemment par sarcasme. Non, je n'ai jamais brandi de pancartes.
***
La question que je me pose: pourquoi la seule idée d'être bloqués quelques minutes dans un bouchon provoqué par une manifestation nous est-elle si insoutenable, alors qu'on semble accepter sans trop sourciller celle de l'immobilisme de ce monde qu'on s'est donné?
Ah! Pis! Tant qu'à être dans les questions pas de réponses, une autre de même. Ce monde-là dans lequel on vit, c'est-y vraiment de ça qu'on rêvait? Pis une fois partis, quand est-ce qu'on a abandonné? Pis tiens, juste de même, c'est-y parce qu'ils nous obligent à contempler notre propre abandon dans le rétroviseur qu'on en veut tant aux manifestants-bloqueurs-de-traffic de nous prendre au piège dans nos voitures?
***
Eux. Remarquez, il y a toujours eux versus nous. Ou eux versus moi. Ou toi, lui, elle, peu importe, mais dans le eux, il n'y a presque jamais le moi ou le nous. C'est pas une règle grammaticale comme celle du «on exclut la personne qui parle», c'est plus comme une règle de vie qu'on s'est donné, du genre «je m'exclus de ceux qui parlent».
***
Bon. Me garde deux lignes pour vous teaser encore un peu sur l'histoire d'un bee, un de ces samedis matins tout prochains, dont j'ai commencé à vous parler la semaine passée. Ça vous a titillés quand même un peu, non?! Parce que je vous connais, vous avez envie de donner un peu de votre temps, de participer à quelque chose, mais vous êtes aussi pas pire occupé.
Sauf que bon, un samedi matin, comme ça, une couple d'heures, en gang, pour une bonne cause, pis vous revenez à la maison avec le sourire, ça vous tente, évidemment.
Dans ce cas, trouvez vos bottes pis votre paire de gants dans la remise, vous en aurez bientôt besoin...