La confiance

L'autre jour, je me suis fait dire une chose qu'on ne m'a pas dite souvent, du... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

Agrandir

IMACOM, JESSICA GARNEAU

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Véronique Grenier

L'autre jour, je me suis fait dire une chose qu'on ne m'a pas dite souvent, du moins pas depuis vraiment longtemps : « fais confiance dans la vie ». Je crois que ces mots n'ont pu m'être adressés par des gens qui me connaissent bien parce qu'ils ont généralement une idée d'à quel point j'y suis pas vraiment du tout réceptive.

En fait, si tu veux me tuer un peu en dedans, dis des choses comme celle-là. La pire, ça reste « everything happens for a reason ». À moins que tu veuilles souligner l'existence de la causalité, mais si tu as en tête que les choses se produisent parce que quelqu'un quelque part, ou pire « l'Univers », a un grand plan de prévu pour ma vie et que je doive me consoler d'une situation parce que son sens me sera révélé plus tard, t'es mieux de t'attendre à recevoir un regard plat.

Reste que. Pour une fois, ça m'a rentré en plein dans le fond d'être. J'y ai cru. Et je n'ai pas souvenir d'avoir été aussi étonnée de moi-même, depuis la fois où je me suis aperçue que je ne savais plus faire du vélo. Il y a un moment. Mais passons ce détail qui n'en est pas un. Ce qui m'a troublée, c'est de réaliser à quel point je suis devenue, au fil des années, une personne méfiante envers l'existence. Comme si, nécessairement, elle n'était couverte que d'un tapis de clous - ou de blocs Lego, c'est selon - et que chaque pas portait le risque d'une blessure. Chaque pas.

Je suis essentiellement mue par le doute, le questionnement, la planification, la prévision. Ma vie de précaire me fait rusher pas mal, notamment pour cela. Cette incapacité d'avoir de la pogne sur ce qui se profile à l'horizon de mes finances, de mon travail. Je n'ai pas eu beaucoup de raisons, ceci dit, de croire que la vie pouvait être une affaire en qui il était sage de déposer sa confiance. Et je vois très mal, aussi, ce que ça signifie que de personnifier ça, « la vie » de manière telle à créer un semi-lien avec elle par lequel je lui abandonne une part de mon bonheur. J'écris ces mots et ça me donne le goût de retourner à ma méfiance. Mais je me suis promis d'essayer et de le faire honnêtement.

Ultimement, ça veut peut-être juste dire de lâcher prise. Il y a ça, dans la confiance. Un vide. Un espace. Un lousse. C'est un lieu que t'es pas obligé d'occuper tout le temps pour voir ce qui s'y passe, tu le sais que ça va aller. C'est peut-être aussi de se dire qu'une fois que tu as fait ton possible et plus que ton possible, il y a un bout qui ne t'appartient pas et faut le reconnaître. Moins se projeter, donc. Moins se créer d'attentes. À la limite, même, moins espérer. Juste constamment se ramener à l'ici et maintenant et kessé peux-je faire pour me sentir moins mal, voire bien, dans les circonstances et avec ce qui est. Et là, j'ai l'impression de te parler comme un livre de self-help à saveur orientale et je ressens l'urgence d'arrêter ça, là.

Ma confiance, la vie pis moi, on va aller boire un petit thé. Tranquilles. Dans le coin du « ça va aller » avec une lumière tamisée et une musique inspirée de la nature. Je blague. Je vais juste me battre avec moi-même pendant encore quelques jours, notamment avec tout le sarcasme qui m'habite et qui se heurte à l'espèce de sentiment de bien-être que je ne peux nier et qui émane directement de cette nouvelle posture mentale. Et qui m'indique que le premier lieu où la confiance doit s'installer, où l'abandon doit s'opérer, c'est peut-être de moi à moi.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer