Hâte

La Nouvelle tenait à saluer bien bas les... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

Agrandir

La Nouvelle tenait à saluer bien bas les récipiendaires des prix Prix en arts et culture en Estrie, parmi lesquels notre chroniqueuse pas ordinaire pantoute Véronique Grenier, deuxième à droite, qui pose ici au côté de l'auteure, slameuse et poète Marianne Verville, du directeur général des Correspondances d'Eastman Raphaël Bédard-Chartrand et de la romancière Andrée A. Michaud.

IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Véronique Grenier

Je sais que ça m'arrive souvent de chialer, de m'indigner, de te parler du difficile des choses et de la vie. Je ne sais pas trop si je me décrirais comme le type qui voit le verre à moitié vide, c'est peut-être plus que je vois le verre, son contenu, son plein, son moins plein, ce qu'il y a à côté de lui sur la table, s'il a laissé une trace ou pas dessous lui, tu as compris, j'imagine, j'arrête. Mais là, je vais te parler de quelque chose qui me fait sourire. Ou plutôt d'un quelqu'un et de ce qu'il va faire le quelqu'un.

C'est monsieur Duhamel, le quelqu'un. Il aimerait mieux que je dise « André », mais les fois où j'y arrive, ça me sort vraiment tout croche de la bouche. J'essaie aussi de le tutoyer, mais ça finit toujours en « vous-tu ». Je fais ce que je peux, mais la politesse me tyrannise un peu. Je dis encore « vous » aux parents du père de mes p'tits, après 18 ans de proche proximité. Mais je m'égare.

Donc monsieur Duhamel, je disais. La première fois que je l'ai vu, c'était dans un cours sur Kant, à l'Université de Sherbrooke. C'est un cours qui s'intitule Panorama de la pensée humaine et qui fait sa job de panorama : on y voit une sélection de ces individus qui ont marqué l'histoire de la pensée et c'est un ensemble de professeurEs qui se partagent cette tâche.

J'avais bien aimé, l'avais suivi à ma première session. Et monsieur Duhamel, Kant, il l'explique bien. Il donne le goût de le lire. Faut le faire. Comme il sait donner le goût de comprendre et se plonger dans le romantisme allemand. Ou l'éthique. Et il le fait avec ses prestations magistrales, mais aussi avec ses légendaires bibliographies.

Il écrit toujours son très élaboré plan de cours au tableau, à gauche du tableau. Et après les salutations, il part. Il écrit, blanchit ledit tableau de craie et de mots et efface et reprend l'exercice. Il fait des blagues, aussi. Il sourit, beaucoup. Et pendant trois heures, ton cerveau se fait malaxer et remplir et tu ne peux que sortir de là avec la satisfaction d'avoir fait un effort intellectuel certain. Que tu répèteras de semaine en semaine et au fil des lectures et des travaux. J'ai eu beaucoup de plaisir à être assise dans la classe de monsieur Duhamel.

Et là, j'ai le goût vraiment très fort de renouveler la chose, cet hiver. Parce que. Le mercredi de 16 h à 18 h 50, il donnera le cours Philosophie et féminisme, à l'Université de Sherbrooke. C'est la première fois que ce cours s'y donnera. Et c'est un événement.

Il y a eu une version Femmes, féminisme et philosophie, il y a 20 ans, version qui a disparu et disons que ça manquait fort de pouvoir se faire parler des femmes et de la pensée, du féminisme et de la pensée.

Pendant mon parcours, la chose n'était que saupoudrée et ça m'avait dérangée. Mais là, c'est là. Et le plan de cours fait saliver parce que j'ai eu le privilège de le voir ce qui m'a donné l'envie et le besoin et l'obligation de t'en parler parce que je me suis dit que tu aurais peut-être le goût toi aussi de t'asseoir à côté de moi dans la classe pour écouter monsieur Duhamel te parler d'histoire, de pas juste, même si, Simone de Beauvoir, de politique, du corps, du care, du genre, de la place des hommes dans le féminisme, toutes ces choses d'actualité et qui permettent, quand on s'arrête pour y réfléchir et les approfondir, de mieux se saisir de cette actualité. De mieux se comprendre, aussi. Comme humains.

Fa'que donc. Je sais que tu dois te dire là qu'on n'a peut-être pas la même définition de ce qui fait sourire, mais je te jure que ce sera du beau et du bon manger pour ton cerveau. Et que tu seras heureux de remplir ton cahier de notes. Et d'avoir des crampes au poignet parce que tu devras écrire vite. J'ai ben hâte.

http://www.usherbrooke.ca/philosophie/feminisme/

***

J'ai presque fini de lire Manuel d'écriture et de survie de Martin Page, paru aux éditions du Seuil, en 2014. C'est une correspondance entre un auteur et une lectrice, mais nous ne pouvons lire que les lettres de l'auteur. Et c'est beau. Ça parle de l'écriture, certes, des mots, évidemment, mais aussi de la vie et pas de manière « bouillon de poulet pour l'âme », là. J'ai presque copié une citation par page, c'est rare, ça. On a le goût de le lire d'un trait, mais on se force à s'arrêter, pour apprécier.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer