L'huître

J'aurais aussi pu parler de cocon, mais « l'huître et le cocon », ça t'aurait... (Archives, La Presse)

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Véronique Grenier

J'aurais aussi pu parler de cocon, mais « l'huître et le cocon », ça t'aurait donné l'impression que t'allais lire une fable de Lafontaine et j'avais pas le goût d'aller là. J'ai tranché pour ce que j'aime manger. Simple de même. Les titres, parfois, c'est souffrant.

Huître et cocon, donc. L'huître se referme sur elle-même, dans le danger, et pour gosser le beau des perles, alors que le cocon, il est gossé par celui qui y vivra, s'y transformera et naîtra une deuxième fois. Dans les deux cas, cette idée de repli sur soi. Ce nécessaire et obligatoire repli sur soi pour parvenir à être, à se maintenir dans une existence houleuse, à y devenir autre chose, lorsque requis. Voire revenir à ce qu'on l'a pu être parce que fascinante est cette capacité humaine à se perdre soi-même en chemin alors que, viarge, on peut pas tant s'échapper par terre. Mais détail.

Se replier, je dis. Pas tant en petite boule, plus se trouver un lieu de retraite. Hors du monde qui blesse. Tracer une ligne franche entre soi et tout le reste. Que plus rien ne puisse entrer, nous heurter ni même nous frôler. Pas de mots, pas de pas de mots, de notifications, d'absence ou de trop de présence. Rien. Juste du rien, tout autour de soi. Jusqu'à cette paroi que l'on a érigée. Cette coquille dans laquelle on s'est non pas caché, mais reposé le jour venu où oui, la goutte de trop, oui, le poke de trop dans la chair pu de peau. Ces mots de Josée Yvon : « je ne guérirai jamais si tu me fourres dans ma blessure. » L'image est d'une clarté claire.

Ce n'est pas évident. Ce geste. Cette retraite, ce retranchement. À la fois plongée dans le coeur de soi ou restes de soi et coupure avec ce qui nous en éloigne. J'aurais le goût de balancer un « j'pense que c'est plus difficile, aujourd'hui ». À l'ère de l'être-rejoignable partout et en tout temps, s'il y a du wifi. J'pense que je vais me le permettre. Surtout lorsque la vie virtuelle est aussi existante que la pas virtuelle. J'me leurre tout le temps en me disant que je fais bien ça, la solitude, mais non. C'est juste parce que j'ai un cellulaire en extension du bras. Je ne suis jamais vraiment seule, mon esprit, dans ses heures d'éveil, est constamment occupé et achalandé : photos sur Instagram, vie par procuration avec Pinterest, nouvelles-commentaires-messages avec Facebook. Il n'y a plus de place pour le vide et la peur de me retrouver avec moi-même. C'est donc une sorte de double défi que de faire fi de la vie qui passe, des préoccupations des gens, de leurs besoins. Que de se forcer un espace pour seulement soi.

On est élevés dans le vers autrui. Très peu dans la préservation de soi. Il faut penser aux autres, être poli, se piler dessus souvent. Rares sont les fois où on nous apprend à concilier les deux. Comment peux-je à la fois bien penser à moi, en considérant autrui sans le froisser ou en le froissant bienment? J'me demande comment je parviendrai à enseigner cela à mes p'tits. Ce prends soin de toi. Ce gosse-toi un cocon avec une coque dure. Que tu puisses t'y vautrer en ne craignant pas qu'il ne soit fendu. Que tu puisses t'y reposer, enfin, et souvent. Que tu te donnes ce droit, ce nécessaire, hors du monde. Si je ne leur dis pas, ils devront apprendre à la dure que ca ne peut venir d'autrui et qu'il ne faut pas vraiment de toute manière faire reposer ça, le calme, dans les mains d'autrui. Ni le bonheur. Ni nos rêves. Nope. Faut crisser tout ça dans le cocon et les y laisser et aller y puiser souvent, pas seulement dans les moments où l'on se croit à bout et vidé. Chercher à renaître, faire du beau, on a le droit de se vouloir ça quotidiennement.

***

Je t'invite à la conférence

« Soirée sans viande », ce soir, le 4 novembre, à 19 h, à la salle Alfred DesRochers, du Cégep de Sherbrooke. Un panel dans lequel Micheline Dumont, Micaela Robitaille, Koriass et moi-même te parlerons de féminisme et de la culture du viol. 5 $ à la porte.

***

J'ai lu

Les maisons de Fanny Britt paru chez Le Cheval d'août. Roman sorti la semaine dernière. Roman qui se lit presque d'un trait. Presque, parce que ce besoin, par instant, d'apprécier le beau des mots, l'élan des phrases, de retenir son souffle, aussi. Une histoire de famille, du quotidien, de toutes sortes d'amour. Un livre qu'on a envie de relire tout de suite après la dernière page.

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