Ne viole pas

On se voit mal dire à nos enfants « ne viole pas, steplaît ». Ça se plogue mal... (ARCHIVES LA NOUVELLE)

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Véronique Grenier

On se voit mal dire à nos enfants « ne viole pas, steplaît ». Ça se plogue mal entre deux bouchées de toast, le matin. Ça se plogue sans doute aussi mal même lorsque la discussion s'y prête. J'imagine que ça a à voir avec le fait que ça semble aller de soi de ne pas faire ça, violer.

On se dit que c'est une évidence. C'est peut-être aussi que quelque part dans l'imaginaire collectif, il y a une image fixe de la personne qui se donne « cette permission » et qu'en fait, « ne viole pas », ça veut un peu dire : n'attends pas quelqu'un dans une ruelle sombre avec un peu d'écume qui te sort de la bouche pour lui sauter dessus. Fa'que comme ça semble épais, cette image, et que nos enfants ne sont pas des épais, on ne parle pas de ça. On n'explique pas ce que c'est. On silence en pensant que ça n'arrivera qu'aux autres, qu'ailleurs.

Mes enfants ne peuvent être des violeurs. Mes enfants ne peuvent être violés. Il manque un « je ne veux tellement pas que » devant ces énoncés. Et les statistiques, et les personnes derrière les statistiques nous disent que notre déni nous coûte cher.

Ça-se-produit.

Et pas que dans les bosquets. Ou les ruelles. Ça se produit entre « amis », en couple, dans les partys, dans les bureaux, chez soi. Ça se produit à chaque fois que l'ensemble des partis impliqués ne manifestent pas un « oui » clair et précis, un « oui » qui a été le fruit de la pression et de la persuasion, de « enwoueye, ça te tente, tu le veux, tu vas aimer ça, laisse-moi don'faire, steplait, fais-le pour moi », un « oui » tiré du flou d'une personne trop saoûle, d'une personne alors incapable de consentir à quoi que ce soit d'autre que le réconfort de son lit, d'une doudou. Ça se produit quand on se dit que non, c'est oui. Un non, c'est jamais un oui. Et le fun tiré à essayer d'en faire la conversion, c'est celui de la violence. Et le résultat obtenu, le plaisir faké, aussi, sans doute, notamment pour que ça se termine plus vite, ce n'est pas celui d'une relation sexuelle pleinement souhaitée, c'est celui d'une personne qui a cru qu'elle ne disposait plus du choix de maintenir ouvertement son « non ». Ça se produit évidemment quand on doit user de la force devant une personne qui se débat tellement elle ne veut pas.

L'autre n'est pas un objet. Encore moins un objet dont je peux me servir pour mon plaisir seul. Un objet que je vais jeter, après. Juste un trou. Juste de la peau. Juste une chose. Non. L'autre, c'est quelqu'un et je dois le traiter comme tel. Je dois respecter ses limites, ne pas m'imposer sur sa chair et dans son corps à moins qu'on m'y ait invité. C'est cela qu'il faut marteler.

Et la prévention des abus, ça ne devrait pas être que de dire aux victimes potentielles de s'habiller moins sexy, de ne pas marcher seule dans la rue, le soir, de ne pas boire d'alcool, de porter du vernis à ongles qui détecte la drogue du viol dans leur verre. Non. Au départ, ça devrait être d'apprendre à nos enfants à respecter la limite de l'autre, à s'imposer de la retenue, de le dire : ne viole pas. La cause d'un viol, c'est la personne qui viole. Point. Et il serait plus que temps que, collectivement, on change notre manière de dire et de faire et que la personne qui soit responsabilisée et pointée du doigt, ce soit celle qui agresse et non pas celle qui a été agressée, de qui on doute quasi systématiquement et en qui on cherche les causes de ce dont elle a été victime.

Un jour, je vais dire à ma progéniture : « Garde tes genitals dans tes bobettes. À moins qu'on ait expressément consenti à ce que tu les sortir de là. ». Parce que je vais aussi lui parler du consentement. Que ça se donne, que ça se retire. Qu'une personne peut ne plus avoir le goût et que t'as pas à finir ta petite affaire, pareil. Que tu dois alors t'enlever de là, quitte à te finir ça manuel. C'est de même.

Pour l'instant, je prépare le terrain en travaillant cette idée toute simple qu'il faut entendre le non de l'autre et s'y plier, qu'on n'a pas à finir par dire oui « pour être gentil », à donner des câlins et des bisous « pour ne pas faire de peine », que ce n'est pas « de leur faute » lorsqu'ils se font mal. Ces petits détails qui n'en sont pas, j'me dis. Ces petits refus d'une culture dans laquelle nous sommes tristement trop pris et qu'il faut casser par nos mots, par notre capacité à la nommer.

Le 4 novembre prochain, à 19 h, à la salle Alfred-DesRochers du Cégep de Sherbrooke, se tiendra une conférence sur la question du féminisme et de la culture du viol. Quatre panélistes - l'historienne Micheline Dumont, le rappeur Koriass, l'intervenante chez l'organisme Elixir, Micaela Robitaille et moi-même - se prêteront la parole, à cette occasion. Je vais t'en reparler, mais tu peux déjà le noter à ton agenda.

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