Le nénuphar et l'araignée

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

On ne saurait dire si Dominic Tardif est un homme de parole, mais il est certes un homme de mots. Il en écrit, il en lit encore plus. Cette semaine...

Qu'ont en commun l'hypocondriaque qui s'invente un cancer du cerveau au moindre mal de tête, l'amoureux chez qui le silence de l'autre éveille les pires cauchemars d'adultère et l'arachnophobe pris par de convulsives démangeaisons dès qu'il aperçoit une bestiole à huit pattes au plafond? Ils ont en commun la peur! Peur de la surprise, pour être plus précis. Comment s'assurer de ne jamais être pris par surprise? Toujours appréhender le pire et esquiver toutes les occasions d'être déçu.

Le problème? Esquiver les occasions d'être déçu, c'est aussi esquiver les occasions d'être charmé, séduit, ravi, émerveillé ou enchanté. Dans un brillant essai autobiographique, l'écrivaine québécoise d'origine française Claire Legendre dresse l'inventaire des peurs à cause desquelles sa vie a trop longtemps eu les allures d'une guerre d'usure avec son imaginaire de toutes parts phagocyté par les scénarios catastrophes. La découverte d'une tumeur au thymus jettera de l'huile sur le feu de sa panique, en même temps qu'elle la confortera. « Je ne suis plus folle, mes angoisses, mes maux ont un objet. Je suis peut-être en danger de mort, mais j'ai gagné », observe-t-elle au moment du diagnostic.

À la fois récit et suite de réflexions articulées autour de tout ce qui nous assassine à petit feu, Le nénuphar et l'araignée nomme avec un humour d'une lumineuse intelligence les rouages universels de l'autosabotage. Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve, répète à plusieurs reprises Legendre, en citant Gainsbourg. Il y a une saine rage dans cette écriture d'une soufflante élégance, la rage de celle qui connaît mieux que quiconque les modalités de ses appréhensions, et qui colère d'autant plus que cette connaissance intime ne suffise pas à l'affranchir. Conclusion? À mort la peur, ennemie jurée de tous les romantiques qui veulent atteindre la lune et qui ne s'y rendront jamais, tant et aussi longtemps qu'ils auront la trouille de monter dans une navette.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer