L'amour à marde

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On ne saurait dire si Dominic Tardif est un homme de parole, mais il est certes un homme de mots. Il en écrit, il en lit encore plus. Cette semaine...

Vaguebooking: c'est le néologisme par lequel on désigne ce comportement qu'adoptent sur Facebook certaines personnes en rédigeant des messages volontairement vagues, dans l'objectif d'attirer l'attention. Exemple: «Est-ce que tout ça en vaut vraiment la peine?» écrira un internaute, en allant à la pêche aux commentaires inquiets. «Tu vas-tu bien???» répondra un ami, préoccupé. Si le vaguebooking avait une représentante en poésie, il s'agirait sans doute de Maude Veilleux.

Qu'on se comprenne bien, Maude Veilleux ne signe pas un premier recueil au propos vague. Mais il y a dans ces brefs instantanés à la fois l'ambition et l'incapacité de nommer une douleur, celle du vertige de l'amour et de l'absence de l'autre. Déjà le titre tout aussi suave que péremptoire, Les choses de l'amour à marde, annonce comment ce livre tire sa force de son propre échec: l'amour est une chose indicible, impossible à cerner, devant laquelle on ne peut que capituler. Comment en parler autrement qu'en des termes un peu vagues, en multipliant les formules tout aussi salvatrices que réductrices, sous l'emprise d'un lumineux fatalisme? «Bouffée de cigarette / Gorgée de bière // J'tais en amour viarge.» Une syntaxe rythmée par le joual laisse parfois filtrer un réel désir de transcendance. «J'ai envie de te toucher / Plus longtemps / Que le temps / Que tu viennes», écrit la poète. C'est simple, c'est beau.

Malgré ce désenchantement face aux pouvoirs du langage et de l'écriture, l'autodérision, parachute qui a sauvé la peau de bien des cascadeurs de l'amour, s'ouvre toujours à la dernière minute, comme une ultime raison de croire que peut-être demain, ça ira mieux, même si aujourd'hui, la vie, c'est de la marde. «Des mains nouvelles me serrent, / mais au fond, on s'en fout // On m'oublie / comme la vinaigrette Mille-îles / dans la porte du frigidaire / La mousse prend / Ensuite, on n'arrive même pas à la jeter.»

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