Le retour du roi

Jean-Pierre Ferland... (Archives, La Presse)

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Jean-Pierre Ferland

Archives, La Presse

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Il y a des phases dans toutes les démarches artistiques, des hauts et des bas, comme dans tous les métiers. On ne peut être au sommet de sa profession en tout temps, que l'on soit briqueteur ou chanteur. Certaines années sont plus fastes, d'autres creuses comme des cratères. Le vrai bonheur, c'est de voir un créateur qu'on croyait au bout de sa route exploser à nouveau comme s'il avait 20 ans.

Dans le cas qui nous préoccupe cette semaine, c'est ce qu'on appelle un come back, un vrai. Après l'échec retentissant de sa comédie musicale Gala en 1989, Jean-Pierre Ferland s'était partiellement remis sur les rails avec l'album Bleu Blanc Blues (1992), sur lequel on retrouve T'es belle et Montréal est une femme, de grands succès radio. Encore là, certains imaginaient que la sève créative l'avait déserté pour de bon et que les muses multiples de sa vie semblaient s'être à jamais évanouies...

C'était mal connaître Jean-Pierre Ferland. Le créateur de Jaune et Soleil est revenu sur le devant de la scène trois années plus tard avec l'album Écoute pas ça. Ce fut un raz-de-marée, la critique et le public s'avouant conquis par ce disque au son acoustique des plus purs, enregistré à la campagne dans la cabane à sucre de Ferland.

Pour dire vrai, ce truc est un chef-d'oeuvre. Les guitares sèches qui résonnent, le son des doigts qui glissent sur les cordes qui vibrent, les mélodies qui séduisent et accrochent, la poésie des textes... Oui, on retrouve sur ce disque Une chance qu'on s'a, classique des mariages aux quatre coins de la province, mais il y a beaucoup plus. La pièce La musique par exemple se présente comme un bilan de carrière, sinon de vie, sorte de regard jeté en arrière sur les années passées et sur le chemin parcouru grâce à la musique, celle qui l'a littéralement sauvé.

Quand elle est arrivée je n'en menais pas large, je m'enfargeais dans les nuages.

Je me brûlais en fer de forge, j'astiquais mon revolver, quasiment mort de rire de rôtir en enfer, mort à proprement dire, de vivre ma vie sur la terre.

J'étais un chien fini.

La voix se brise un peu dans cette chanson, comme dans la jolie Il faut des amoureux. Le sujet s'y prête et l'émotion qui s'en dégage n'en est qu'amplifiée. Écoute pas ça a des airs de chant du cygne, de testament artistique. Ironiquement, ce disque a plutôt eu l'effet d'un coup de fouet dans la carrière de Ferland, qui a depuis annoncé sa retraite au moins dix-sept fois... L'art de rebondir, c'est aussi l'apanage des grands, qu'ils soient chanteurs ou briqueteurs.

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