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Pierre Foglia... (Archives, La Presse)

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Pierre Foglia

Archives, La Presse

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J'ai commencé à lire La Presse avec assiduité vers 14 ou 15 ans. La bibliothèque de mon école secondaire mettait chaque jour à la disposition des élèves quelques exemplaires des grands quotidiens québécois. C'est comme ça que j'ai plongé avec fascination dans l'univers des chroniques de Pierre Foglia en page A5. L'ado que j'étais ne pouvait être que charmé par le ton baveux du journaliste, son style à part des autres et ses références récurrentes à Bukowski. Et à certains plaisirs illicites aussi...

Jamais quelqu'un qui utilisait autant le « je » n'a été, paradoxalement, aussi ouvert sur l'autre, sensible à la réalité d'autrui, attentif à ce qui se passait en dehors du périmètre de son nombril. Tout le contraire de nombre de blogueurs et chroniqueurs d'aujourd'hui. Foglia, c'est celui qui choisissait d'écrire sur la guerre au Liban en assistant à un repas de première communion à Beyrouth. Ou qui évoquait le désintérêt des jeunes envers la culture en racontant sa partie de pêche avec un adolescent, qui le trouvait « sauté » d'avoir un tourne-disque au lieu d'un lecteur CD. Prendre l'infiniment petit pour illustrer l'infiniment grand. Un vrai talent.

Foglia, c'est celui qui avait traité Michèle Richard de nageuse est-allemande, de lasagne et de tondeuse à gazon, avant de faire amende honorable et de s'excuser publiquement pour la comparaison douteuse auprès de toutes les tondeuses à gazon du Québec...

Foglia, c'est celui qui parlait de Desproges et de Vialatte sans que ses lecteurs sachent de qui il s'agissait.

Foglia, c'est le gars qui vilipendait ses lecteurs qui lui envoyaient leurs manuscrits refusés par les éditeurs. « On dirait que vous sortez tous du même putain d'atelier d'écriture Nouvel Âge où l'on vous a inoculé cette inaltérable estime de soi qui bonifie tout en vous, et vous fait attendrir sur votre propre merde. » Extrait d'une chronique de 1993, ça pourrait avoir été écrit la semaine dernière.

Il n'existe hélas aucun recueil des textes de Foglia. Ce dernier n'a jamais voulu qu'on rassemble ses chroniques, publiées entre 1972 et 2015 dans La Presse. Odile Tremblay, dans Le Devoir, citait Foglia qui lui aurait dit à ce sujet : « le journal d'hier est comme un cimetière, alors celui de l'année dernière... »

Vous en retrouverez quand même quelques-unes sur le web, celles des dernières années surtout. Dommage que nous n'ayons pas accès aux textes plus anciens. Comme le Courrier du genou par exemple, ces chroniques où Foglia répondait (parfois méchamment) à ses lecteurs. Le 31 janvier 1994, il écrivait : « La jeune fille (dont j'ai perdu la lettre) qui a lancé une ligue ou une association anti-Foglia dans son école pourrait-elle communiquer avec moi? J'aimerais en faire partie. »

S'il est membre, j'embarque aussi. Bonne retraite l'artiste.

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