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Jack Kerouac

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C'est le collègue de La Nouvelle Dominic Tardif qui m'a refilé le bouquin. « Tu liras ça. L'auteur, c'est un prof à l'Université Bishop's. » Au-delà de l'attraction régionale, la mince plaquette m'intéressait parce qu'elle portait sur deux géants de la littérature en Amérique : Jack Kerouac et Michel Tremblay. Un bar de Floride, deux écrivains, une table de billard et du liquide en abondance; Michel and Ti-Jean (Talon Books, 2014) raconte la rencontre imaginaire entre l'auteur des Belles-Soeurs et le père de la beat generation.

Le livre, issu d'une pièce de théâtre présentée pour la première fois à Montréal en 2010, est en anglais. L'auteur George Rideout, un américain du Texas qui a adopté le Québec, a imaginé avec finesse et justesse cette discussion fictive entre un écrivain consacré, mais au bout du rouleau et un jeune auteur fasciné par son aîné. On est en 1969. Kerouac, 47 ans, n'en finit plus de s'achever avec de l'alcool et se complaît dans cette dérive éthylique qui lui sera fatale. L'arrivée de Tremblay (27 ans), lui permettra de renouer avec ses racines québécoises et de se remémorer des souvenirs parfois douloureux, toujours émouvants.

Les échanges entre les deux artistes sont riches et poétiques. L'auteur de On the road, mal dans sa peau, souffre malgré (ou à cause) de son succès. Son rêve de devenir un écrivain reconnu s'est concrétisé, mais il peine à l'assumer. En même temps, la réussite des autres le vexe. La simple évocation par Tremblay de l'oeuvre d'Allen Ginsberg agace Kerouac. Il est complexe et anxieux, en colère et tendre à la fois. Jack est un être de paradoxe, déchiré entre son américanité et la langue de ses ancêtres, minorité francophone du nord du continent.

Michel Tremblay, plus effacé, n'en est pas moins torturé. Son dégoût de la religion, sa difficile relation avec son père, son désir d'émancipation... Les aspirations du jeune auteur sont en phase avec celles de son peuple, en pleine Révolution tranquille. Le contact entre les deux univers est magique. Le texte de Rideout a été écrit en anglais, mais semble avoir été pensé en français. La sensibilité qui s'en dégage témoigne d'une belle affection et d'une juste lecture de notre héritage culturel.

Michel and Ti-Jean, c'est un face-à-face audacieux entre un géant de la littérature et un débutant qui recherche la bénédiction de son idole. Leur passé commun est la porte d'entrée de cette colorée discussion. Kerouac finira par donner son approbation à Tremblay. Mais au final, on ne peut s'empêcher de penser que le jeune en a fait plus pour l'aîné, en recherche de rédemption, que l'inverse.

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