X

Douglas Coupland...

Agrandir

Douglas Coupland

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Chaque génération a ses oeuvres cultes, ouvrages de référence qui expriment les aspirations, les craintes et les joies de la jeunesse vibrante. On s'y retrouve avec soulagement et bonheur, tellement le propos nous apparaît familier et en phase avec notre existence du moment. Le discours trouve écho en nous au moment où nous avons besoin d'être rassuré. On cherche des réponses, on se cherche, et tout à coup un artiste met sur papier, sur pellicule, ou sur disque un condensé de ce qu'on peine à exprimer, mais que l'on ressent intensément. Magique.

Dans les années 50 par exemple, On the Road de Kerouac et The Catcher in the Rye de Salinger, ont joué ce rôle phare. Pour les gens de mon âge, c'est Génération X de Douglas Coupland (1991) qui a, entre autres, marqué l'époque. Le livre de cet auteur canadien est un miroir de la portion de la population occidentale née entre 1966 et 1976. Donc entre les baby-boomers et la génération Y. Ce qui fait que l'époque des X en est une de transition entre deux générations costaudes, c'est un passage d'un endroit à un autre, un voyage, pas une destination. C'est ce qui expliquerait en partie le désabusement des X, qui devaient composer avec d'importants bouleversements sociaux, comme l'augmentation des divorces, la chute du Mur de Berlin, la disponibilité de la contraception, les désillusions face au travail et les débuts d'internet.

Coupland a exprimé sa vision sociologique dans un roman éclaté, non conventionnel, autant dans le contenu que dans la forme. Les trois jeunes protagonistes de Génération X sont blasés, trop éduqués pour leur emploi merdique qui les déprime, à la recherche de sentiments plus forts que ce qu'offrent les « expériences achetées ». L'errance identitaire de Dag, Andy et Claire témoigne de leur vide émotif et de la souffrance que cela leur cause. Mais en bons X, ils arrivent à tout traverser avec un humour noir grinçant. Lorsqu'ils sombrent dans la nostalgie, ils ne remontent pas à l'enfance, ils parlent plutôt « d'ultra-nostalgie » en se disant : « merde, ça allait tout de même mieux la semaine dernière. »

Les X ont aussi la critique facile et ne se gênent pas pour créer des sous-catégories de X. Ainsi, l'auteur parle des yuppies comme des êtres superficiels qui ont une tendance à la dette, à l'abus de certaines substances et qui ont la fâcheuse habitude de parler de l'apocalypse après leur troisième verre. Désagréable. Le propos de Génération X est accompagné d'images, de notes en bas de page et d'encadrés qui ressemblent à des encarts publicitaires, sommet de l'ironie pour cette génération qui a grandi avec la société de consommation.

Mais les X auront leur revanche. Et plus tôt que tard. Le quotidien Le Devoir indiquait au printemps que dans trois ans, aux élections provinciales de 2018, les baby-boomers ne détiendront plus la balance du pouvoir pour la première fois depuis des lunes. Les X seront alors les électeurs majoritaires dans notre société pour au moins une décennie. Les cyniques d'hier seront peut-être les acteurs du changement de demain.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer