Prodigieusement prodigieux

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Le talent, ce n'est pas assez quand on explique le succès d'une personne. Une foule d'autres facteurs entrent en ligne de compte. Le Canadien Malcom Gladwell s'est penché sur cette question dans son best-seller Les prodiges (2009). Personne ne s'élève à partir de rien. Tous ceux qui réussissent de grandes choses sont les bénéficiaires d'avantages cachés, d'occasions spéciales et d'un héritage culturel qui leur permettent d'apprendre, de travailler dur et d'interpréter le monde qui les entoure différemment.

Est-ce que le talent brut, inné, existe? Oui. Mais dans la majorité des cas, le triomphe, la réussite, correspond au talent ET à la préparation. C'est dans cet esprit que Gladwell a développé, pendant ses recherches, la règle des 10 000 heures. Que ce soit auprès des musiciens, des sportifs ou des accros à l'informatique, le principe demeurait le même : tous ceux qui s'étaient élevés au-dessus de la mêlée avaient accumulé au moins 10 000 heures de pratique dans leur discipline. C'est globalement ce qu'il faut d'entraînement pour atteindre un degré de maîtrise de calibre mondial.

Lorsqu'il analyse la carrière des Beatles, Malcom Gladwell évoque le temps passé à Hambourg, en Allemagne, par le Fab Four avant qu'il ne devienne célèbre. John Lennon, en se remémorant cette époque, soulignait que le groupe demeurait souvent sur scène pendant huit heures consécutives par jour. Huit heures de scène! Et ils étaient à l'affiche sept jours sur sept...

« Ils n'étaient pas très bons au début, raconte un de leurs biographes, Philip Norman. Mais ils ont appris l'endurance. » À force de jouer plusieurs heures d'affilée, les Beatles ont dû apprendre une quantité incroyable de morceaux, autant de rock que de jazz. Entre 1960 et la fin de 1962, ils ont passé 270 soirées en Allemagne à se produire sur scène comme des déchaînés. Lorsque le groupe est devenu célèbre en 1964, Gladwell estime qu'il s'était produit 1200 fois sur scène déjà. Plus que bien des artistes à la fin de leur carrière.

Le timing est aussi un élément primordial de la réussite. Dans Les prodiges, on dresse une liste des 75 personnes les plus riches de l'histoire de l'humanité. On y retrouve donc des rois et reines, des pharaons, des fils d'entrepreneurs ayant hérité de fortunes colossales, des milliardaires contemporains, etc.

De cette liste, 14 s'avèrent être des Américains, nés au cours d'un intervalle de 9 ans au 19e siècle. Incroyable. Vingt pour cent des plus grandes richesses de l'histoire du monde sont le lot de personnes d'une même génération, nées dans le même pays. Être un adulte entre 1860 et 1870 aux États-Unis, alors que le pays a connu la plus grande transformation économique de son histoire (construction des chemins de fer, naissance de Wall Street), apparaît donc comme un avantage indéniable pour quiconque fait des affaires. Le talent et l'ardeur au travail ne sont donc ici que des facteurs complémentaires au synchronisme historique.

En définitive, comme Glagwell le souligne dans sa conclusion, le prodige ne tient pas du tout du prodige...

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