Pour adultes seulement

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Comme tous les parents, j'ai une section de ma bibliothèque située en hauteur, à l'écart, inaccessible pour les petites mains et les petits yeux d'enfant. J'y range des volumes sur la guerre aux images dérangeantes, certains romans au contenu et langage explicite (Miller, Bukowski), et tous mes livres du dessinateur français Reiser. Parce que Reiser, c'est franchement pas de la tarte pour la jeunesse en développement. Mais, faut l'avouer, c'est à se rouler par terre pour les adultes consentants...

Membre fondateur de Hara-Kiri, collaborateur de la première heure de Charlie Hebdo, Reiser a marqué son époque par son humour féroce. Ses dessins, d'une simplicité désarmante, sont crus et souvent cruels. Pas de quartier chez le créateur du Gros Dégueulasse, un des personnages les plus connus de son univers. Obèse, malpropre, mal engueulé, Gros Dégueulasse est une sorte de Bougon avant l'heure qui porte un slip taché et trop grand d'où dépassent ses bijoux de famille. Il n'a pas la langue dans sa poche (forcément), et aime bousculer les gens de la bonne société par des propos jugés choquants ou déplacés. Mais quand on s'y attarde, on est forcé d'admettre que le Dégueulasse fait souvent mouche et met en lumière une certaine hypocrisie sociale. Il n'a pas de filtre ce mec, comme ses clopes.

Reiser a un humour noir, scatologique, très porté sur le sexe. Dans Phantasmes (1981), un de ses meilleurs recueils, il n'évite aucun tabou. C'est vulgaire, provocateur, grivois. La page couverture, qu'on ne peut reproduire ici pour des questions de décence, vous en dira assez long. En même temps, ces dessins forcent la réflexion sur certains de nos travers dans nos vies intimes. Il y a souvent un deuxième degré chez Reiser qui nous frappe après qu'on se soit bien marré. Comme le dit le gentil couple bien propre à la fin du livre, « on ne baise plus, on s'aime ». Vous voyez le genre.

Lorsqu'il est mort en 1983, ses copains de travail, malgré leur peine, ne se sont pas gênés pour souligner son départ avec le même humour grinçant qui l'avait fait vivre. Au cimetière Montparnasse, ils ont déposé sur sa tombe une grande couronne mortuaire sur laquelle on pouvait lire : « De la part de Hara-Kiri. En vente partout». Du Reiser posthume, quoi.

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