In vino veritas

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Robert Mondavi

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Il avait tout pour être heureux. C'était en 1965. L'homme avait 52 ans, une femme aimante et complice, trois enfants merveilleux et un emploi enviable dans l'entreprise familiale, la Charles Krug Winery en Californie. La vie était paisible et... prévisible.

Au coeur de la vallée de Napa, cet individu rêvait de bâtir un grand et noble vignoble, inspiré des riches traditions européennes. Parce que pour lui, le vin n'était pas qu'un business. Le vin, c'était sa passion. Le vin, comme le disait Pétrone, c'est la vie. Ainsi pensait Robert Mondavi. Pour arriver à réaliser une production de calibre international, il souhaitait voir sa famille sortir de son conservatisme commercial. Or, la résistance au changement était forte chez les Mondavi, et après un conflit ouvert avec son frère, Robert décida de fonder son propre vignoble afin de suivre sa voie et de créer des vins de qualité supérieure.

L'entrepreneur américain raconte sa surprenante histoire dans Harvest of joy, une autobiographie sortie en 1999 et encensée par nombre d'observateurs. Le récit est absolument passionnant. Repartir de zéro pour ce fils d'immigrants italiens n'avait rien de terrifiant, au contraire. Malgré des obligations financières costaudes, le défi stimulait Mondavi, et la seule option viable était pour lui de créer sa propre compagnie, de fabriquer son vin à sa manière, en accord avec sa vision. Ce qu'il fit en 1966, à l'âge où la plupart des gens commencent à compter leur REER et à songer à s'arrêter.

Pour Robert Mondavi, le succès s'accompagne de douleurs, inévitablement. Ainsi, il n'hésite pas à aborder les querelles familiales et les tensions qui s'élevèrent, même dans son nouveau vignoble. Le plus particulier est de constater que ce sont ses enfants qui souhaitaient faire preuve de prudence. Lui, le patriarche, plus âgé, plus près de la retraite, veut aller encore plus vite, encore plus haut, encore plus loin. En plus des vins signés Robert Mondavi, il s'associe au Baron Philippe de Rostchild et fonde un vignoble haut de gamme, le célèbre Opus One.

Rien ne semble vouloir stopper son ambition, même pas son divorce d'avec sa première femme, un amour de jeunesse et la mère de ses enfants. Qu'à cela ne tienne; à l'âge de 67 ans, il se mariera avec sa nouvelle flamme, Margrit Kellenberg, qui le supportera dans plusieurs initiatives philanthropiques, entre autres dans le domaine des arts. Robert Mondavi est décédé en 2008 à l'âge de 94 ans. Pour la petite histoire régionale, je mentionne que la seule chose dont n'a pas voulu se départir le propriétaire de l'Auberge Georgeville, Steven Beyrouty, lorsqu'il a fermé son restaurant et vendu sa bâtisse en 2009, c'est sa collection de vins rouges signés de la main de Robert Mondavi. Ceux qui sont passés par le célèbre restaurant pouvaient admirer les fameuses bouteilles bien à l'abri dans une jolie vitrine... Harvest of joy, c'est de l'inspiration pure. Voir ce quinquagénaire vibrer comme un gamin et déployer une énergie sans borne afin de concrétiser le rêve de sa vie émeut et séduit. La cave Mondavi fut vendue en 2004 à Constellation Brands pour la somme de 1,3 milliard de dollars.

De quoi remplir de fierté celui qui voulait connaître du succès sans jamais lésiner sur la qualité.

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