Si j'étais un homme

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Lionel Shriver est l'auteure du roman coup de poing Il faut qu'on parle de Kevin.

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Elle s'est donné un nom de garçon à l'âge de 15 ans, parce que pour elle, la vie semblait plus simple et plus facile quand on est un mec. De plus, pour en ajouter un peu, la narratrice de son récit, Eva, n'a aucun instinct maternel, est hyper carriériste et refuse tous les modèles traditionnels de la société américaine.

Lionel Shriver, de son véritable nom Margaret Ann Shriver, a pondu en 2003 un roman coup de poing, Il faut qu'on parle de Kevin. Ayant pour thème la violence meurtrière d'un jeune ado, ce récit à succès porte aussi sur la culpabilité parentale et l'incommunicabilité dans le couple. Un programme costaud, livré avec finesse et subtilité.

Eva Katchadourian est une Américaine d'origine arménienne qui voyage à travers le monde pour rédiger des guides de voyages, et qui abhorre l'ethnocentrisme de son pays et de ses habitants. Elle ne rentre aux USA que pour mieux repartir vers le Portugal, le Bénin ou la Suède.

Lorsqu'elle tombe enceinte, elle regrette dès la première minute de ne plus pouvoir boire de vin et est terrifiée à l'idée qu'elle devra interrompre son travail. Penser qu'elle sera confinée à son loft new-yorkais des mois durant avec une petite chose hurlante la fait frémir... Et elle ne supporte pas d'être un objet public, scruté à la loupe par de purs étrangers.

« Savais-tu que les Américains dévisagent les femmes enceintes? Dans le monde des riches à faible taux de natalité, la gestation est un événement, et à une époque où culs et nichons s'exposent dans tous les kiosques, la vraie pornographie est celle que suscitent ces visions agressivement intimes de jambons étalés, d'écoulements incontinents, de visqueux appendices ombilicaux ». Pour la vision romantique et idéalisée de la maternité, on repassera.

Quand le couple se dispute à savoir quel sera le nom de famille de leur enfant, elle refuse net de le voir porter le patronyme paternel. Au nom de la tradition, écrit-elle, « les hommes ont toujours pu transmettre leur nom à leurs enfants, tout en ne prenant aucune part au travail. Il est temps que ça change ». On a affaire à une femme de caractère, très volontaire, qui n'accepte pas les idées préconçues.

Dans le roman, elle écrit des lettres à son mari, revisitant leur passé commun, jusqu'à ce JEUDI fatidique où leur fils de 16 ans a assassiné neuf personnes à son école. Eva cherche des réponses et en soulève plusieurs, tout en analysant avec froideur la monstruosité de son propre enfant, du fruit de ses entrailles.

Son attitude et son ambivalence face à la maternité ont-elles joué un rôle dans ce drame? Son mari et elle ont-ils une responsabilité dans les terribles gestes posés par leur fils? Et surtout, comment continuer à vivre après qu'un des nôtres ait commis une horreur pareille?

Il faut qu'on parle de Kevin est un roman écrit finement, avec beaucoup de lucidité et d'aplomb, qui aborde un thème hélas récurrent en Amérique, celui de la violence extrême d'adolescents qui posent des gestes irréparables. Troublant.

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