L'hiver de force

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

La glace qui craque sous nos pas, les voitures qui peinent à démarrer, le froid qui fait couler les nez et qui colore les joues. Oui, notre hiver est rigoureux, pas de doute. En comparaison, celui de la Russie l'est tout autant, sinon plus. Cette saison glaciale a joué bien des tours aux adversaires du peuple des tsars au cours de l'histoire. Dans Le monde prend feu, deuxième tome de sa série sur le conflit 39-45, Max Gallo décrit en détail les misères vécues par l'armée allemande à cause du temps froid lors de la Deuxième Guerre mondiale.

D'abord, avant que la neige n'arrive et que le mercure ne chute sous zéro, les fantassins d'Hitler furent confrontés à la raspoutitsa, une curieuse météo qui transforme les sols en glue pendant le mois d'octobre en Russie et met la table pour la saison froide. Cette introduction à l'hiver épuisa les troupes du Reich, comme celles de Napoléon des années auparavant, d'ailleurs. Les tanks qui s'enlisaient constamment, les roues des véhicules qui s'embourbaient, l'impossibilité d'avancer à un rythme décent... C'était comme si la nature voulait paralyser les soldats ennemis avant de leur donner le coup de grâce avec l'hiver terrible et sans merci qui venait ensuite.

Gallo évoque le traumatisme vécu par les Allemands lorsqu'ils ont dû faire face à la blanche saison et à ses températures qui descendent jusqu'à -40 degrés. Ils claquent des dents, ils tremblent, ils fourrent leurs mains directement dans les poêles chez l'habitant. Ils boivent tout ce qui leur tombe sous la main pour oublier le gel et obscurcir leur pensée, alcool pharmaceutique inclus. Mais cela est parfois insuffisant. Les armées allemandes étaient fort mal équipées pour faire face à un changement climatique aussi drastique. Dès qu'ils arrivaient à liquider des adversaires du côté russe, ils se ruaient sur les cadavres pour s'emparer des bottes et des vêtements chauds des troupes de Staline. En même temps, les médecins de la Wehrmacht durent développer leurs aptitudes à amputer les membres de leurs camarades, parce qu'ils étaient souvent trop gelés, foudroyés par la rigueur de l'hiver du pays de Tretiak.

Les difficultés d'adaptation (météo et autres) se poursuivront jusqu'en février 1943 pour les Allemands, alors que prendra fin la terrible bataille de Stalingrad, un tournant majeur dans le conflit. On peut d'ailleurs en mesurer l'ampleur et la violence dans le film L'ennemi aux portes de Jean-Jacques Annaud (2001), mettant en vedette Jude Law et Ed Harris. Cet épisode rappelle que les guerres sont impitoyables, imprévisibles, et que le contexte climatique compte parfois autant que la volonté des soldats dans l'issue du combat.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer