Reprends-la ta chanson

Daniel Boucher est parmi les meilleurs «repreneurs» de... (Archives, La Presse)

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Daniel Boucher est parmi les meilleurs «repreneurs» de tounes du Québec.

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Lorsqu'il est question de reprises de chansons, le monde se scinde soudainement en deux parties distinctes, comme des plaques tectoniques qui se séparent. Quelque chose comme la dynamique politique fédéraliste-souverainiste du Québec ou la rivalité Canadien-Nordiques d'autrefois.

Le clan du oui clame qu'il est joli d'entendre des refrains du passé à nouveau diffusés sur les ondes. Les détracteurs, moqueurs, citent moult exemples où des artistes, pour des raisons de fonds de pension ou de manque d'inspiration, reprennent des classiques sans les modifier ou presque, n'offrant au public qu'une version améliorée d'un karaoké du samedi soir à Brossard. Entre les deux, pas de zone grise, pas de nuance.

Reprendre une chanson n'est pas de tout repos; bien des créateurs oublient d'y mettre leur épice personnelle et l'interprétation s'avère souvent sans intérêt. Par contre, plusieurs artistes s'approprient les chansons qu'ils remettent au goût du jour, les mettent à leur main, leur donnent une couleur qui leur est propre, un son distinct. Fred Pellerin qui chante, sur son album Silence (2009) Quand vous mourrez de nos amours de Gilles Vigneault ou Le petit garçon de Reggiani, c'est magnifique, émouvant, original. Il s'approprie le texte, le fait sien, lui donne une identité nouvelle. Même chose avec Rufus Wainright qui émeut tout le monde avec sa version du classique de Cohen Hallelujah (2001).

Le défi s'avère double lorsque la chanson reprise est celle d'un monstre sacré, d'une icône à laquelle on ne touche généralement pas. J'ai encore en mémoire les critiques acerbes parues lors de la sortie de la bande sonore du film I am Sam (2002), avec Sean Penn. Toutes les chansons étaient des titres des Beatles, et certains journalistes ne s'étaient pas gênés pour écrire que reprendre des hits légendaires des Fab Four, ça ne se faisait juste pas, point à la ligne. Pourtant, l'album s'écoute plutôt bien et offre quelques performances inspirées, entre autres celles de Sarah McLachlan (Blackbird) et The Wallflowers (I'm looking trough you).

Enfin, au Québec, saluons le véritable talent de "repreneur" de Daniel Boucher. Ce chanteur sait absorber une oeuvre et la rendre de façon originale comme aucun autre. Il faut écouter sa version du Chant d'un patriote de Félix Leclerc sur l'album Le 08-08-88 à 8h08 (2000) ou encore son duo inspiré sur Ti-Nor avec Gilles Vigneault sur Retrouvailles 2 (2011). Boucher sait y faire pour insuffler à des chansons mille fois entendues un air nouveau, un souffle neuf, une vibration inattendue. Rien à voir avec __________(insérez la reprise insipide et sans relief de votre choix), mettons.

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