La bande à Woody

Il fait preuve d'une régularité à faire craquer une montre Suisse. Son oeuvre,... (Archives, La Presse)

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Il fait preuve d'une régularité à faire craquer une montre Suisse. Son oeuvre, unique, fait son bout de chemin depuis plus de quatre décennies. Cet homme arrive à sortir un film par an, ou presque, depuis Bananas en 1971. Un exploit. Et c'est sans compter ses publications à titre d'écrivain et ses performances comme clarinettiste de jazz. Woody Allen donne un véritable sens à l'expression prolifique ou multitasking, comme on l'entend si souvent aujourd'hui dans les tours à bureau.

Les classiques à son actif sont si nombreux qu'il est difficile d'en tenir le compte. Annie Hall (1977), gagnant de quatre Oscars, est une pure merveille, tant au niveau visuel -jamais vous ne trouverez New York si belle à l'écran- qu'au plan du contenu et de la technique. Allen incarne son habituel personnage de névrosé qui fait le point sur sa liaison avec une femme brillante, Annie Hall (Diane Keaton). On retrouve dans ce film pour la première fois les thèmes de base qui seront récurrents tout le long du parcours filmique du réalisateur: le rapport difficile à la sexualité, l'anxiété omniprésente, l'humour rempli de dérision. Sans oublier la psychanalyse, qui fera partie de tant d'autres longs-métrages. Lorsqu'une femme lui demande: vois-tu un analyste? Il répond: «Bien sûr, depuis quinze ans.» Quinze ans! rétorque la femme. «Absolument. Je lui donne une autre année, et puis je me pousse à Lourdes... » Du Allen typique.En revoyant Forrest Gump à la télé récemment (Robert Zemeckis, 1994), je me suis rappelé comment Woody Allen avait, dès 1983, utilisé la technique de l'insertion de personnages de son film dans des images d'archives. Une véritable prouesse à l'époque, puisque la technologie n'avait pas atteint le niveau que l'on connaît aujourd'hui. Dans Zelig (1983), on suit le parcours d'un névrosé sévère qui s'adapte et se transforme selon le milieu et les gens qu'il fréquente. Aux côtés d'obèses, il prend du poids. Avec des noirs, son teint vire au foncé. On l'aperçoit sur un terrain de baseball attendre son tour pour aller au bâton après Babe Ruth. Il apparaît aussi à Chicago dans la peau d'un gangster et derrière Adolf Hitler pendant un rassemblement nazi. Zelig, c'est le caméléon ultime, qu'on suit avec amusement dans ce documenteur. Le fait que des intellectuels comme Susan Sontag, Irving Howe et Saul Bellow (gagnant du prix Nobel de littérature) participent au film donne un semblant de vérité à l'imposture qui n'en devient que plus amusante.

Au fond, Allen est peut-être le Zelig des réalisateurs de cinéma; il aura traversé de nombreuses époques, employé une multitude d'acteurs, tâté plus d'un style (comédie, film noir, musical), en s'adaptant aux changements sociaux et technologiques. Tout en conservant sa névrose de départ. Un exploit, je vous dis.

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