Le yogourt grec et la mort

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Stieg Larsson

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L'artiste et son oeuvre se retrouvent souvent, en terme de qualité et d'appréciation, dans une position inverse de celle du yogourt grec ou de la crème sure; on les célèbre, les découvre, les savoure après leur mort, une fois leur date de péremption passée. Pas avant.

La mort rend-elle meilleur? Difficile à dire. Mais il est évident que la vibration entourant le décès d'un créateur attire l'attention, suscite intérêt et même fascination. Le fait que Stieg Larsson soit décédé juste après avoir déposé son manuscrit de Millénium chez son éditeur a créé une histoire autour de son histoire, a apporté du romanesque et du dramatique au réel.

Même chose pour FX Toole, l'auteur de Stories from the corner (adapté sous le titre Million Dollar Baby au cinéma), qui bossait sans relâche sur son dernier manuscrit dans son lit d'hôpital, avant de rendre l'âme. Il suppliait les médecins de l'aider à tenir le coup afin d'achever son ultime roman. Sa ténacité a donné un superbe bouquin sur la boxe, Coup pour coup, qui porte sur l'espérance, le pardon et le deuil. Ça secoue plus qu'un uppercut de Mohammed Ali.

Dans la même catégorie découverte posthume, soulignons cette perle littéraire qu'est Karoo, de Steve Tesich, foudroyé par une crise cardiaque en 1996. Son roman se retrouvera sur les tablettes deux ans plus tard et sera immédiatement encensé par la critique, porté aux nues notamment par le NY Times qui le classera dans la catégorie "livre remarquable".

L'histoire de Karoo est celle d'un scénariste de cinéma passé maître dans l'art de "réparer" les textes des autres, de les adapter au goût des grands studios afin qu'ils connaissent du succès, souvent au détriment de la volonté et de l'intégrité artistique du créateur original. Cela fait de lui un être désabusé, désenchanté, doté d'une ironie titanesque face au monde extérieur.

Mais au coeur de cette désillusion réside une lucidité extrême, bonne autant pour les autres que pour lui-même, qui fait en sorte que Saul Karoo devient au fil des pages attachant et drôle. S'il est moqueur, il ne s'avère jamais cynique, et c'est sans doute la raison pour laquelle le récit est aussi fascinant. Karoo, c'est le chant du cygne d'un être égocentrique, incapable d'intimité avec qui que ce soit, qui fait un jour une découverte surprenante à propos de son fils adoptif. Réputé jusque-là pour sa morale élastique, Karoo va tenter cette fois de se racheter, de faire le bien, de penser à autre chose qu'à son nombril et sa vodka. L'écriture de Tesich est fine, pleine d'humour et de tendresse, avec des réflexions qui secouent sur la famille, l'amitié et les choix que l'on fait (ou pas). Une sorte de livre-bilan de fin de vie qu'on ne peut séparer du destin tragique de son auteur. Très, très fort.

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