Souriant Bassam

Même s'il a dû tout laisser en Syrie,... (SPECTRE MÉDIA, JULIEN CHAMBERLAND)

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Même s'il a dû tout laisser en Syrie, Bassam Elias a confiance en l'avenir, autant pour lui que pour ses filles. Sur le mur de son salon, derrière lui, on aperçoit sa femme, Marie Youssef, et ses trois filles, Jemma, Tatiana et Christina. « C'est moi qui ai fait leurs robes », confie fièrement le couturier de formation.

SPECTRE MÉDIA, JULIEN CHAMBERLAND

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Christine Bureau

Ils fuient leurs terres, la guerre, la peur. Accueillir des réfugiés, c'est leur ouvrir notre porte et notre coeur. C'est aussi apprendre à les connaitre...

Bassam signifie souriant en arabe. C'est la femme de Bassam Elias, Marie Youssef, qui a insisté pour qu'il me le dise. Elle sait que cela me fera sourire à mon tour. Le prénom de Bassam Elias, c'est comme s'il lui était prédestiné.

Le sourire est la première chose qu'on remarque chez le Néo-Sherbrookois. Puis, c'est son rire qui nous saisit. Un rire franc, qui ne laisserait jamais deviner que c'est la guerre en Syrie qui l'a mené à se réfugier à Sherbrooke, sa famille et lui.

C'est pourtant à cause d'elle qu'il est arrivé ici, et grâce à l'Église syriaque orthodoxe Saint-Éphrem, qui les a parrainés. Sa femme, ses trois filles et lui ont passé plus de deux ans au Liban avant de débarquer au Québec, en mars dernier. Il a accepté de parler à La Nouvelle « pour donner l'exemple ». Parce que les Syriens sont comme lui, dit-il, gentils et éduqués, même si le Canada a le devoir de « bien choisir » ceux qui arriveront au cours des prochaines semaines. « Il y a la paix et la sécurité ici. J'espère que le pays sera toujours comme ça. »

Bassam connaissait déjà le Québec pour avoir séjourné quelques mois à Montréal, en 2010. Il avait eu le coup de foudre pour le Canada. Avant même que la guerre commence, c'est ici qu'il avait choisi de vivre.

« Il y a quelqu'un qui m'a conseillé de venir à Sherbrooke. Quand je suis venu, je me suis dit que c'était plus calme que Montréal. Dans le fond, peut-être que c'est Sherbrooke qui m'a choisi », lance-t-il dans un grand éclat de rire.

Le français d'abord

Son histoire, Bassam me la raconte dans un français quasi parfait. Il l'a appris en Belgique au début des années 1990. Sa mémoire se réveille peu à peu, confie-t-il humblement. Il sait qu'il a de la chance de parler la langue de son pays d'adoption. De temps à autre, il joue au traducteur pour des membres de sa communauté.

Il déplore que les cours de francisation ne soient pas adaptés à l'âge et au niveau de chacun des arrivants. Marie, sa conjointe, comprend le français, mais peine à le parler. Pour cette raison, elle ne peut travailler au Québec, même si elle enseignait les sports auparavant.

Bassam a été plus chanceux. Avec l'aide du Service d'aide aux Néo-Canadiens, il a trouvé un emploi chez Vêtements Cookshire. Le couturier et designer de formation y est coupeur depuis le 1er septembre. Un travail différent de celui qu'il avait, mais qui le rend tout de même heureux.

En Syrie, Bassam avait une maison, un atelier où il fabriquait des vêtements et un magasin qui lui appartenait. C'est lui qui créait et cousait les vêtements qu'il vendait. En fuyant Hassaké, il a tout laissé derrière lui. Tous les meubles sont encore dans sa maison, là où ils étaient quand il a quitté la Syrie avec sa famille.

« C'est difficile pour quelqu'un qui a toutes ces choses, qui vient dans un autre pays, qui arrive et qui n'a rien », raconte-t-il.

Bassam ne se laisse pas décourager pour autant. « Quand je suis arrivé ici, je recommençais à zéro. Maintenant, je pense que je suis à plus que zéro », confie-t-il en riant.

À ses yeux, l'apprentissage du français, c'est la première étape de l'intégration. C'est ce qu'il répète

à ses filles, Jemma, Tatiana et Christina, qui ont 19 ans, 16 ans et 13 ans. La plus vieille rêve de devenir médecin, la seconde, avocate. Elles ont toutes les deux un emploi à temps partiel.

« Je les encourage à travailler. Premièrement, pour pratiquer le français, deuxièmement, pour gagner un peu d'argent, troisièmement, pour s'intégrer à la société québécoise, comprendre comment les gens pensent. »

Il n'y a pas de raison pour qu'elles n'y arrivent pas. Pour Bassam, le Canada est le pays des rêves. « Si j'ai un rêve, si je suis au Canada, je peux le réaliser. C'est possible. Mais il faut travailler fort, très fort », prévient-il.

En plus d'être souriant, Bassam est sage, très sage.

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