Un panier de préjugés

Line Marcoux de la Table d'action contre l'appauvrissement... (PHOTO LA NOUVELLE, ÉMILIE PINARD)

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Line Marcoux de la Table d'action contre l'appauvrissement de l'Estrie

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Émilie Pinard

La guignolée, les paniers de Noël, les campagnes de jouets. À l'approche des Fêtes, on se sent tous un peu plus généreux à l'égard des personnes défavorisées. S'il s'agit d'un baume pour certains, pour Line Marcoux de la Table d'action contre l'appauvrissement de l'Estrie, il s'agit plutôt d'un pansement que l'on retire sèchement une fois les réjouissances passées.

«C'est sûr que la pauvreté se fait sentir à Noël. Les gens [défavorisés] n'ont pas d'argent pour acheter des cadeaux. Eux aussi aimeraient fêter, avoir du fun, mais ça prend des sous pour faire ça», mentionne la coordonnatrice de l'organisme.

Sauf que la pauvreté, ça se vit à l'année. «Des fois il y a des repas, des paniers, mais le reste de l'année ils retombent dans leur misère et les gens les oublient. On donne pratiquement juste à Noël parce que c'est fête. Ce petit surplus, ils ne l'ont pas le reste de l'année», ajoute-t-elle.

Selon Line Marcoux, bien que les paniers de Noël soient nécessaires, il en faut beaucoup plus pour sortir une personne de la pauvreté. «Il est prouvé maintenant que la pauvreté n'est pas due qu'à la personne elle-même. Il y a tout un paquet de facteurs environnementaux qui entrent en ligne de compte», dit-elle.

Les préjugés sont nombreux et très néfastes. Les personnes défavorisées se sentent exclues, ont une perte d'estime d'elles-mêmes et le regard social est très lourd. Les BS, ce sont tous des fraudeurs. Une personne est pauvre parce que c'est son choix. Les pauvres, ça ne veut pas travailler. On vit bien sur le BS. Des préjugés bien sentis, que l'on entend l'année durant.

«Pendant les Fêtes, ça diminue un peu parce que les gens sont plus généreux, mais le reste du temps, ces préjugés font mal», précise-t-elle. Line Marcoux travaille d'arrache-pied pour changer le monde en combattant un préjugé à la fois. «C'est très rare les fraudeurs sur l'aide sociale. Ça ne représente que 3% des gens qui reçoivent un chèque. Ils sont trop surveillés. Le taux de fraudes est beaucoup plus élevé dans d'autres secteurs», mentionne-t-elle.

«Et une personne peut être en situation de pauvreté sans être sur l'aide sociale. Quelqu'un qui travaille au salaire minimum arrive juste. Son salaire couvre à peine ses besoins essentiels», ajoute Lyne Marcoux.

«On ne vit pas bien sur l'aide sociale. Une personne seule reçoit environ 700 $ par mois incluant tous les crédits. C'est rien ça! En plus, les personnes défavorisées sont plus malades et leur espérance de vie est plus courte. Quand on permet à une personne de sortir du mode de survie, on lui donne des chances de retourner sur le marché du travail, de s'en sortir», conclut-elle.

La guignolée dure quelques jours à peine, la pauvreté, elle, semble toujours s'éterniser.

Quelques statistiques

À Sherbrooke, une personne sur cinq vit en situation de pauvreté et une personne sur 10 n'arrive pas à combler ses besoins de base;

En 2000, le montant d'aide sociale couvrait 60% des besoins de base, pour 49% en 2010;

Malgré les programmes d'aide, 66% des Québécois sur l'aide sociale souffrent d'insécurité alimentaire;

11 ans. C'est la différence d'espérance de vie entre les résidents de quartiers riches et de quartiers pauvres.

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