« La pauvreté, ce n'est pas toujours ce qu'on pense »

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Christine Bureau

Le temps des Fêtes, c'est aussi celui de la guignolée et de la générosité. Mais si c'était comme ça à l'année...

Manon* fréquente La Grande table, un restaurant populaire de Sherbrooke, plusieurs fois par semaine. Coût du repas pour la famille: 2 $. « Je vis carrément sur mes allocations familiales. Sans eux pour survivre, je n'y arriverais pas. »

Manon a deux enfants. L'un qui fréquente l'école secondaire, l'autre qui entrera à la maternelle dans deux ans. Le premier, lui, ne veut plus accompagner sa mère à La Grande Table. « Mon plus vieux a déjà vécu de l'intimidation face à ça, du fait que je ne travaillais pas et ça l'a affecté beaucoup. À cause de ça, il ne vient plus ici, il a peur d'être vu. Il a honte et moi, ça me fait quelque chose qu'il ait honte », confie la maman de 32 ans.

Le plus jeune, lui, voit cette sortie à La Grande Table comme une fête. Il a hâte d'y aller, tout comme sa mère. « Il y d'autres enfants, on parle à des parents. Moi, ça me sort de mon isolement. Je sens plus qu'on se comprend, on se parle et ça fait du bien », soutient-elle.

La vie n'a pourtant pas toujours été aussi précaire pour Manon, elle qui vient d'une famille aisée. Elle avoue avoir eu de la chance d'avoir reçu une bonne éducation. Mais sa chance a tourné quand elle est tombée enceinte de son premier enfant. Elle a terminé son diplôme d'études collégiales en technique d'éducation à l'enfance en recevant un chèque d'aide sociale, son petit à ses côtés, mais sans le père.

Puis, tout juste avant de commencer son premier emploi, elle a appris qu'elle était enceinte du deuxième, ce qui l'a forcée à tomber en congé préventif. Comme bien d'autres mamans, elle attend depuis un an et demi qu'on lui trouve une garderie pour son plus jeune.

« La pauvreté, c'est toutes sortes de faces. Ce n'est pas toujours ce qu'on pense, les gens ont beaucoup de préjugés et on ne fait pas tous par exprès pour se retrouver là », insiste-t-il.

Des soucis avant Noël

En attendant, elle tente de joindre les deux bouts. Elle vit avec environ 1750 $ par mois, incluant son chèque d'aide sociale et ses allocations familiales, ainsi qu'avec l'aide de Moisson Estrie, qui lui donne un panier tous les trois mois. Son loyer lui coûte 735 $, parce qu'elle a choisi de vivre dans un beau quartier. « Je veux que mes enfants aient un bon entourage. Je fais ce sacrifice-là, mais quand mon chèque [d'aide sociale] arrive, il part tout d'un coup », raconte-t-elle. Les allocations familiales arrivent aux trois mois, ce qui ajoute le défi de la planification.

« On pense toujours: est-ce qu'on va y arriver jusqu'au prochain chèque? Ça fait énormément de soucis. Il ne faut pas s'étonner qu'il y en a qui sont plus fragiles, qui font des dépressions et qui ensuite ont de la difficulté à retourner travailler. C'est comme une roue qui tourne. Ce n'est pas évident », mentionne-t-elle.

Et plus Noël approche, plus le stress augmente. Durant l'année, Manon tente de mettre un peu de sous de côté pour traverser cette période. Elle compte sur l'aide des pompiers pour pouvoir donner des cadeaux à son plus jeune, ainsi que sur Moisson Estrie pour le repas.

« Je me dis qu'il faut que ce soit spécial, sinon, ils vont être tristes s'ils n'ont pas de petits cadeaux, une belle table, un beau sapin. Ça, ça me pèse gros. On y pense tout le temps », soutient-elle.

De l'espoir

Malgré l'isolement, malgré le jugement des autres, Manon semble tenir le coup. « Je pense que ça part du fait que je suis une personne positive, j'ai une force que je ne peux pas vraiment comprendre », souligne-t-elle. Elle a aussi le soutien de son père, qui l'aide sans la juger.

Enfin, il y a l'espoir de voir ses enfants vivre un jour sans avoir à se soucier s'ils pourront ou non remplir le garde-manger. Elle les pousse constamment à se dépasser. « J'ai une avance du fait d'être éducatrice, d'avoir eu la chance d'être élevée dans un milieu aisé avec des parents qui ont beaucoup de connaissances. Je suis certaine qu'ils ne se retrouveront pas dans la même situation. »

Pour aider La Grande Table, il est possible d'acheter des boules de Noël au Canadian Tire et au Rona au coût de 5 $.

Pour ceux qui cherchent un endroit où passer le matin de Noël, La Grande Table offre deux services de brunch le 25 décembre. Même le père Noël passera pour une visite. L'activité est gratuite.

* Nom fictif

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