Madame catalogne

Lina Sylvain, tisserande.... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Lina Sylvain, tisserande.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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C'est présentement le Salon des métiers d'art de l'Estrie au Centre de foires de Sherbrooke. Méchante belle occasion de vous présenter quelques artisans.

Lina Sylvain est tisserande. On l'appelle « madame catalogne ». Sur la table du couloir de son appartement, impossible de manquer les piles de catalognes, gants de toilette, traverses de table, linges à vaisselle, serviettes et napperons. Les chaleureux motifs africains y côtoient les lignes aux couleurs pastel. Des dizaines de lavettes s'entassent dans des réceptacles, comme autant de bouquets de fleurs.

Lina Sylvain fait presque tout en lin et en chanvre, ces fibres naturelles et antibactériennes qui se conservent très longtemps. Et détrompez-vous : ce n'est pas parce qu'elle tisse le chanvre qu'elle en fume.

« Tout le monde pense que j'ai un champ de pot et que, quand je l'ai fumé, je prends le coton. Mais si je fumais, je ne pourrais pas tisser, je casserais des fils! »

Son principal outil, c'est un métier à tisser traditionnel. Maîtriser les jeux de lames, de pédales, de fils et de bobines est un art en soi. Et c'est long!

« Pour une catalogne, c'est 60 heures la tailler, quatre jours pour monter ton métier au minimum. C'est 90 couettes que tu montes. » Ce n'est qu'un aperçu des deux semaines de labeur qui mènent au produit final.

« J'ai pas de montre. Quand tu finis, t'es tellement content que tu regardes jamais combien de temps t'as passé. [...] C'est pour ça que, sur tous mes produits, c'est toujours écrit "faits à la main avec amour". »

Docteure de la guenille

Enseignante et chercheure, Lina Sylvain a même un Ph. D. en éducation. « Quand je dis ça aux gens, ils me disent : "ça se peut-tu, elle fait de la guenille!" » plaisante-t-elle.

Après 15 ans d'enseignement, elle en a eu assez. « J'étais tannée d'enseigner, plus capable de dire quoi faire aux autres. Quand t'enseignes, t'es à côté, tu regardes le train passer et tu formes les autres à regarder le train passer. Là, j'avais le goût d'être dans le train. »

Elle part vivre à L'Islet, près de Saint-Jean-Port-Joli, pour travailler avec les personnes analphabètes. Elle se lie d'amitié avec « ses grands-mamans », de qui elle apprend le métier qu'elle pratique. Aujourd'hui, elle vend ses produits dans les marchés des quatre coins de l'Estrie et d'un peu partout au Québec.

Un langage universel

L'entreprise de Lina Sylvain, Fil nomade, est située dans un appartement du district d'Ascot. Le fait qu'elle ait choisi ce quartier où se côtoient de nombreuses cultures n'est sûrement pas une coïncidence.

Mme Sylvain a notamment tissé avec un groupe de femmes d'origine africaine au Centre d'éducation populaire de l'Estrie. Grandement inspirée par le savoir-faire de ces femmes, elle caresse le rêve de pousser ce genre de projets plus loin.

« J'aimerais travailler avec les personnes immigrantes qui ont des habiletés manuelles et qui ne se trouvent pas d'emploi pour développer une coopérative de travailleurs. À partir des fibres d'ici, on ferait des produits inspirés de là-bas. »

Le métier à tisser permet à Mme Sylvain d'aller bien au-delà de la barrière de la langue. « On a un langage commun : la langue des mains. »

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