Ces remarquables mots oubliés

Hélène Cajolet-Laganière, coauteure du dictionnaire Usito.... (ARCHIVES LA NOUVELLE)

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Hélène Cajolet-Laganière, coauteure du dictionnaire Usito.

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Marie-Claude Masse

On appelle fréquemment aux souvenirs. Pour la simple raison que notre mémoire aime bien reléguer certaines choses aux oubliettes.

Chaque année, de nouveaux mots font leur entrée dans les dictionnaires, alors que d'autres empruntent le chemin contraire et disparaissent discrètement d'entre les pages des précieux ouvrages de référence. Ainsi va la vie lexicographique. Thématique du souvenir oblige, nous avons demandé à Hélène Cajolet-Laganière, coauteure du dictionnaire Usito, de nous proposer un petit florilège de mots considérés comme vieillis en raison de la description de leur emploi qui tend à sortir de l'usage.

Le mot jarnigoine, dont la première attestation date de 1880, déformation probable de génie. Le mot a été remplacé par bon sens, esprit, intelligence, jugement (avoir de la jarnigoine; manquer de jarnigoine). Dans la citation d'Yves Beauchemin, « Voyons! poursuivit madame Chouinard, servez-vous un peu de votre jarnigoine », le mot peut bien sûr être remplacé par l'un ou l'autre des synonymes mentionnés ci-dessus, mais il faut avouer que l'emploi de jarnigoine ajoute ici un élément plus cinglant, qui exprime davantage l'ironie que veut transmettre l'auteur.

De même le mot crémone, attesté dès 1724, dans le sens de longue écharpe avec laquelle on s'entoure le cou et le bas du visage pour se protéger du froid. Le mot a été remplacé par foulard, ou moins couramment, par cache-nez ou cache-col. La citation qui suit de Germaine Guèvremont (1945) montre bien comment le mot crémone, associé à la description, crée bien l'image de l'hiver et du froid que veut transmettre l'auteure. « Elles n'en finissaient plus de se débarrasser de leurs grands bas, de leurs nuages de laine, de leurs crémones, de leurs chapes. »

Ou encore le mot gîte, attesté dès 1175, dans le sens de Lieu où l'on trouve à se loger (offrir le gîte à quelqu'un), comme en témoigne la citation de Jacques Ferron (1969). Il « ne se sentait pas le droit [...] de refuser le gîte et le couvert à un étranger. » Il existe bien sûr nombre de mots d'emploi moderne que l'auteur aurait pu employer : logement, domicile, toit, etc., mais gîte revêt des airs de poésie et ancre davantage cet acte de générosité et d'altruisme. Le mot a même été à l'origine du néologisme gîte touristique, officialisé par l'OQLF.

Également le mot roulière, attesté par le Trésor de la langue française du Québec (TLFQ) en 1909, dans le sens de trace plus ou moins profonde que laissent les roues des véhicules dans le sol. « Une eau brunâtre stagnait, vers l'heure du midi, dans les roulières cahoteuses, tout le long du Chenal » (G. Guèvremont,1945). Il a été remplacé par le mot ornière, plus moderne, mais moins imagé. On peut regretter l'image des traces de roues creusées dans le sol que suscitait instantanément le mot roulière!

Enfin, le mot sucrerie, attesté dès 1587 et remplacé par érablière au sens d'exploitation acéricole. « L'oncle Batèche parlait d'embaucher un jeune homme pour l'aider à faire couler sa sucrerie de huit cents érables » (A. Bessette,1914). Ce mot traduit spontanément ce pourquoi on se rend dans une érablière, soit pour se sucrer le bec. Il fait partie d'une série lexicale : sucre (d'érable), sucre du pays (vieilli également), cabane à sucre, partie de sucre, temps des sucres, etc.

Vous avez envie d'en connaître davantage? Visitez le site web du premier dictionnaire électronique à décrire le français standard en usage au Québec, où vous trouverez entre autres des milliers de définitions qui reflètent la réalité nord-américaine (usito.com).

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