Du travail à faire pour prévenir l'obésité

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Camélia Handfield

« L'obésité a atteint les proportions d'une épidémie mondiale, rappelle l'Organisation mondiale de la santé. À l'échelle mondiale, le nombre de cas d'obésité a doublé depuis 1980. » Devant la gravité de la situation, des mesures sont prises, l'information est inculquée : surveiller l'apport calorique, élever la dépense énergétique. Simple? Pourtant, la progression du problème qu'on dit évitable semble se poursuivre.

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Dre Mélissa Généreux, directrice de la santé publique.

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« La prévalence de l'obésité a en effet augmenté depuis les 30 dernières années, confirme Mélissa Généreux, directrice de santé publique en Estrie. Cependant, en observant les chiffres de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, on remarque depuis les années 2000 une stabilisation de la prévalence de l'obésité chez les 2 à 17 ans. L'augmentation de la prévalence de l'obésité chez les adultes a quant à elle ralenti. Il est toutefois trop tôt pour confirmer de nouvelles tendances. »

Même si l'augmentation du nombre de Canadiens obèses persistait de façon flagrante, conclure à l'inefficacité des approches de prévention serait opérer une équation simpliste. « Sans ces efforts et engagements politiques sans cesse réitérés pour contrer l'obésité, il est probable que l'évolution de l'obésité aurait été encore plus préoccupante et gravissime », avançait le Centre de recherche et d'expertise en évaluation de l'École nationale d'administration publique dans une analyse des initiatives ciblant les jeunes parue en 2014.

Selon Mélissa Généreux, les stratégies de prévention en tant que telles restent pertinentes. C'est l'aménagement des milieux de vie qui complique l'adoption de saines habitudes. « Les gens savent qu'il faut bien manger et faire du sport, remarque-t-elle. L'approche du changement des comportements individuels ne suffit pas. »

On le sait, beaucoup d'emplois et de loisirs favorisent la sédentarité et les villes sont conçues en fonction de l'usage de l'automobile. « L'utilisation de la voiture en soi réduit l'activité physique, mais elle affecte aussi la sécurité des quartiers. Conséquemment, on pratique moins d'activités à l'extérieur. Il faudrait réaménager les quartiers », affirme la directrice.

Le Comité régional estrien sur les saines habitudes vie a pour mission la mise en oeuvre du Plan d'action gouvernemental de promotion des saines habitudes de vie et de prévention des problèmes reliés au poids lancé en 2006, fruit de la concertation de sept ministères et de trois organismes gouvernementaux. Il réunit des représentants des secteurs de la santé et des services sociaux, des affaires municipales, du loisir et du sport, de l'agriculture, du communautaire, de la petite enfance et de la famille. L'un des objectifs du Comité régional estrien consiste justement à développer des environnements incitant une vie active et saine.

Comme en aménageant des cours d'école. Comme en instaurant un zonage interdisant l'établissement de restauration rapide autour des nouvelles écoles secondaires. Comme en facilitant l'accès à des produits agricoles frais, avec la collaboration de partenaires locaux.

Parce qu'en matière d'alimentation aussi, il reste du travail à faire. La nourriture industrielle, inventée dans les années 1960-1970, pratique une forte concurrence sur l'aliment simple. « Il y a la question du marketing - et il y a le prix, qui constitue un incitatif à consommer. Le défi est de renverser une tendance qui s'est installée en quarante ans. »

D'après l'expérience de Mélissa Généreux, les meilleurs alliés pour susciter un changement vers des habitudes de vie saine sont les parents. Et si ceux-ci manquent d'idées pour remuer leurs enfants, la docteure leur conseille de visiter le site bougeenestrie.ca qui répertorie les activités physiques et sportives de la région.

Les déterminants de l'obésité

Tout le monde ne commence pas sa vie à chance égale, c'est vrai aussi pour l'état de santé. Des facteurs d'ordre social et économiques interagissent et agissent sur les risques de maladies; on les appelle les « déterminants de la santé ». Les gênes, l'emploi, le milieu social sont-ils responsables de l'obésité?

« La réponse est compliquée parce que l'obésité est un phénomène complexe et multifactoriel, explique Mélissa Généreux. L'obésité est surtout causée par les comportements individuels, soit l'activité physique et l'apport alimentaire. Cependant, eux-mêmes sont influencés par les facteurs qui constituent les déterminants de la santé. »

La particularité du problème de l'obésité est qu'il fluctue relativement peu en fonction du revenu, spécialement pour les hommes. « Pour tous les autres enjeux, on note un écart marqué de prévalence

entre les riches et les pauvres. Ces dernières années, l'obésité a progressé dans tous les groupes sociaux. Au plan statistique, il y a écart du risque d'obésité entre les riches et les pauvres mais en observant un moins gros échantillon, cet écart n'est pas significatif. »

Les habitudes de vie ne s'améliorent pas nécessairement avec le pouvoir d'achat. « Sans vouloir tomber dans les clichés, on peut penser à l'homme d'affaires qui mange souvent au restaurant, tient des réunions, donc mène une vie sédentaire, regarde la télé le soir parce qu'il est fatigué de sa journée. Alors que l'homme de classe moyenne est plus susceptible d'effectuer un travail physique, qui compense un éventuel apport calorique élevé. »

« De façon générale, l'obésité est beaucoup liée au type de profession exercé », conclut Mélissa Généreux.

Selon l'analyse de l'Agence de santé publique du Canada, la prévalence d'obésité a toutefois tendance à décroître avec l'augmentation du revenu chez les femmes.

Comme autres éléments concourant à l'obésité, l'Agence insiste sur le temps passé devant un écran, qui aurait une incidence plus importante sur le poids des enfants que leur niveau d'activité physique déclaré. En outre, elle note que les Canadiens sont nombreux à consacrer moins de temps à l'exercice que ce qui est recommandé quotidiennement.

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