Un visage sur les statistiques

Mélanie Lemay accepte de parler de son agression... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Mélanie Lemay accepte de parler de son agression sexuelle pour donner un visage aux statistiques et aider les autres victimes à reprendre du pouvoir sur leur vie.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Elle a voulu ne plus y penser, oublier. Mais la réalité l'a rattrapée contre son gré. Aujourd'hui, Mélanie Lemay parle sans détour de son agression sexuelle.

Il était l'ami d'un ami d'un ami. Par un concours de circonstances, elle s'est retrouvée seule avec lui dans son appartement en attendant le retour d'autres amis. Ils ne sont jamais revenus. « Il a tiré sur les clés accrochées autour de mon cou, et je l'ai senti craquer. Je ne me souviens plus de rien après - je pensais que j'allais mourir », raconte-t-elle.

Quelques semaines plus tard, elle discute avec une copine au resto. « On a parlé de ce gars-là et j'ai vu dans ses yeux qu'il l'avait aussi violée... » Elle ne se doutait pas que cette fille crierait à tout vent qu'il les avait violées toutes les deux. Traumatisée, elle a mis un an et demi avant d'aller chercher de l'aide au CALACS.

Autour d'elle, les témoignages de compassion se destinaient plutôt à l'agresseur, un joueur étoile de football. « Tu l'as mérité », « Ne le dénonce pas, réalises-tu que tu vas briser sa vie? » Ce genre de commentaires lui a fait comprendre que « la valeur des hommes et des femmes dans la société n'était pas au même niveau. »

Ce sentiment de culpabilité, elle le ressentait aussi au plus profond d'elle-même. « Avant, je croyais que les filles qui se faisaient violer manquaient d'attention. Qu'elles méritaient ce qu'elles vivaient, parce qu'elles faisaient n'importe quoi. Quand ça m'est arrivé, je me suis remise en doute énormément. Je ne tombais dans aucun de ces critères-là, ça n'avait aucun sens! » se rappelle-t-elle.

Se débarrasser de la culpabilité

Mélanie Lemay a réalisé qu'une agression sexuelle était une prise de pouvoir qui n'a rien à voir avec le désir sexuel. « Je pense que ça agaçait mon agresseur de voir qu'une fille respectée par les autres n'était pas utilisée juste pour le sexe. Qu'une femme pouvait être autre chose qu'un objet. Dans son esprit tordu à lui, il essayait de me faire comprendre que j'étais sortie de mon rang », analyse-t-elle maintenant.

La fille sociable, indépendante, pétillante et libre qu'elle était avant l'agression a finalement repris le dessus : « Le suivi avec le CALACS m'a aidée à comprendre que le problème ne m'appartient pas. Je n'étais ni coupable ni responsable. »

« Si je veux réellement changer les choses, ce n'est pas à mon agresseur qu'il faut que je m'attaque, mais à la société, qui ferme les yeux sur la situation », croit Mélanie Lemay, qui a choisi de ne pas porter plainte à la suite de deux contacts négatifs avec la police.

Une prise de parole nécessaire

Depuis trois ans, Mélanie Lemay a accepté de devenir porte-parole pour le CALACS. « Je le fais parce que c'est nécessaire. J'ai des nièces, une petite soeur, je le sais qu'elles ne sont pas à l'abri de ce qui m'est arrivé. C'est atroce l'idée qu'on vit avec ce manque de sécurité-là. Il y a un manque de courage politique incroyable sur le dossier des agressions sexuelles », dénonce-t-elle.

Malgré les impacts de cette décision sur sa vie personnelle, elle estime que le bien qui en ressort autour d'elle en vaut largement la peine. « Juste autour de moi, il doit y avoir une cinquantaine de personnes qui ont vécu une agression et qui m'en ont parlé », souligne-t-elle.

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