J'agis, donc je suis

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Noémie Verhoef

ANALYSE

Il y a quelque chose de profondément fascinant à voir une personne âgée compléter un marathon, publier un premier roman ou s'impliquer dans la communauté en faisant preuve d'une énergie sans cesse renouvelée. Chose certaine, ces aînés ont compris que l'action est la condition sine qua non de l'épanouissement. Et ils n'ont pas l'intention de flétrir avant l'heure.

Toutefois, il y a certaines formes d'action qui n'en sont qu'en apparences, diront certains philosophes. Faits et gestes du quotidien, répétés par habitude plus que par conscience d'eux-mêmes, ces pseudo-actions ne sont que le symptôme d'un refus de notre condition humaine, prompte à la maladie et à la misère.

C'est du moins ce que le philosophe chrétien Blaise Pascal désignera comme étant le « divertissement », une forme de fuite de la réalité par l'action.

« Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes [...] j'ai découvert que tout [leur] malheur vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre », écrit-il dans ses Pensées. Incapables de tenir en place, les adeptes du divertissement, c'est-à-dire la vaste majorité d'entre nous, agissent dans et sur le monde plutôt que sur eux-mêmes en tant que partie intégrante de celui-ci.

Action/réaction

Un autre philosophe, panthéiste celui-là, s'appliquera à faire une distinction importante entre l'action et la passion; l'action désignant un geste ou une pensée dont nous sommes entièrement conscients et la passion, au contraire, désignant un geste ou une pensée qui s'inscrit dans une réaction plutôt automatique, une habitude du corps ou de l'esprit.

Ainsi, lorsqu'il est assis devant un feu de foyer à faire une introspection de sa propre personne, le philosophe agit beaucoup plus qu'un athlète de niveau olympique qui, par réflexe musculaire induit via une longue habitude d'entraînement à effectuer des mouvements répétés, établit un nouveau record mondial au 500 mètres.

Pourtant, intuitivement, on aurait plutôt le réflexe de penser le contraire, car l'athlète est un personnage inspirant qui attire d'emblée le respect grâce à ses exploits, sa discipline et sa passion [!]

pour son sport de prédilection. On admire chez lui sa rigueur et sa force, un trait de caractère que Pascal et Spinoza pointeraient plutôt du doigt comme étant un signe de faiblesse, une incapacité à contempler sa propre mortalité, sa nécessaire déchéance, son absolue inaction et impertinence dans un monde qui, au final, continuera à tourner autour du soleil, nonobstant ce qu'on décide de faire de nos journées.

Sagesse et vieillesse

Ayant opéré cette distinction entre la passion et l'action, on peut (et on devrait!) toutefois continuer à admirer la vaillance et le courage de ceux qui, dans des conditions qui sont loin d'être idéales, poursuivent ces objectifs que l'on aurait volontiers attribués à de jeunes adultes pimpants plutôt qu'aux aînés.

Mais si certains jouissent d'un délai plus long que d'autres avant de sentir les effets de leur condition mortelle, ils se doivent d'éviter le piège de l'aveuglement volontaire, celui-ci leur étant plus accessible qu'à d'autres qui, alités, souffrants ou malades, sont nécessairement confrontés quotidiennement à leur finitude.

Ce n'est peut-être pas pour rien, finalement, que vieillesse et sagesse

font si bon ménage. Forcés que nous devenons à arrêter de s'étourdir avec les préoccupations mondaines du quotidien, nous prenons enfin le temps de porter sur nous-mêmes et le monde un regard attentif, un regard... actif.

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