Économie du savoir ou économies de savoirs?

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Noémie Verhoef

Depuis quelques décennies déjà, des économistes de toutes les allégeances affirment que les structures économiques des pays développés sont en transition vers une « économie du savoir » ou encore un « capitalisme cognitif ». Pourtant, force est de constater qu'à grand renfort de coupes dans la recherche, le développement et l'éducation, nos gouvernements, canadien et québécois, sont en train de commettre l'une des pires hypocrisies politiques et économiques à ce jour.

ANALYSE

En effet, comment peut-on à la fois affirmer que le gouvernement, via Industries Canada, « a pour mandat de contribuer à rendre l'industrie du pays plus productive et plus concurrentielle dans l'économie mondiale, et d'améliorer ainsi le bien-être social et économique des Canadiens » tout en décrivant cette économie comme devant être « axée sur le savoir » et, d'un même souffle, museler les scientifiques sur des études environnementales que ce même gouvernement a commandées en plus de couper, de façon récurrente, dans les subventions et les crédits d'impôt dans le domaine de la recherche et du développement?

Comment peut-on espérer développer des « connaissances concurrentielles » si l'industrie même qui les commande souffre d'un vice caché important, celui de la recherche perpétuelle de profit plutôt que celui, justement, du bien-être de la population générale?

Nécessaire désintérêt

Au contraire, s'il y a une chose qui devrait être constamment protégée des caprices du marché - peu importe comment on désigne celui-ci - c'est bien la recherche et le développement.

En effet, plusieurs découvertes marquantes de l'histoire de l'humanité (la gravité, les rayons X et la radioactivité en sont de bons exemples) sont entièrement liées au hasard. Aucune compagnie qui demande à des étudiants chercheurs de travailler sur un prototype de moteur d'avion en voie d'être construit à son usine, aucune discrimination entre les sciences en fonction de la valeur marchande des connaissances qu'elles acquièrent; juste une recherche du vrai, basée sur l'hypothèse (qui nous a d'ailleurs jusqu'ici assez bien servie) que le vrai, c'est bon pour l'humanité.

Mais évidemment, ce n'est pas ce qui se passe. Des pavillons entiers de facultés universitaires se voient donner le nom d'une compagnie privée alors que les bourses - même d'excellence - se font de plus en plus rares pour les étudiants chercheurs en sciences sociales.

Éveil de la curiosité

Mais l'hypocrisie ne se limite pas à la colline universitaire. Elle est omniprésente à même les foyers québécois. On publie chaque année un nouveau Naître et grandir que l'on offre généreusement aux parents à la naissance de leurs bébés. C'est d'ailleurs là un excellent document qui contient de précieuses informations pour répondre aux nombreuses questions des nouveaux parents. Document qui insiste aussi sur l'importance d'éveiller l'enfant, de le stimuler, de lui offrir de quoi nourrir sa curiosité et la préserver le plus longtemps possible.

Puis, on envoie ladite progéniture dans un système scolaire sous-financé dont on n'arrive même plus à garnir les bibliothèques de façon décente. Parce que ça coûte cher. Pourtant, des études multidisciplinaires sérieuses en sociologie, en psychologie et en économie montrent qu'une société éduquée est composée d'individus plus productifs, plus heureux et plus en santé. À l'heure où la population est vieillissante et où les dépenses en santé sont les plus importantes de nos gouvernements, n'est-il pas temps de mettre toutes les chances de notre côté en se donnant les moyens, justement, de remédier à une partie du problème en traitant l'une de ses causes, et non ses symptômes?

Concluons donc cette réflexion en faisant chapeau bas à tous ceux qui, malgré une économie du savoir intrinsèquement incohérente, se donnent corps et âmes à la recherche du vrai. Ils sont en voie d'extinction; peut-être faudrait-il leur faire plus attention.

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