La campagne la plus longue

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Pierre McCann, Noémie Verhoef

Les 338 députés qui formeront la 42e législature de la Chambre des communes seront élus le 19 octobre. D'une durée de 78 jours, la campagne fédérale déclenchée le 2 août dernier par Stephen Harper serait la plus longue de l'histoire du pays. Soupers spaghettis, discours, journées porte-à-porte et débats seront plus nombreux qu'il y a quatre ans. Les plus cyniques diront qu'ils en ont déjà assez, les mordus de politique en redemanderont.

Plusieurs se demandent quelles sont les motivations derrière la stratégie du premier ministre sortant d'opter pour une campagne aussi longue. Selon Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au département des sciences sociales du Cégep de Sherbrooke, le financement pourrait être derrière ce choix.

« Je pense que l'objectif de déclencher une campagne aussi longue pour le gouvernement Harper était de tenter d'asphyxier les autres partis qui, au point de départ, ont moins de ressources financières que les conservateurs. Plus la campagne est longue, plus les plafonds de dépenses sont élevés », explique M. Fournier.

Mais pour cet analyste politique, le Nouveau parti démocratique, le Parti libéral, le Bloc québécois, le Parti vert et les autres partis d'opposition pourraient également bénéficier des 11 semaines de campagne en ayant une plus grande visibilité. « Les partis d'opposition sont moins couverts par les journalistes en temps normal. En campagne électorale, les médias s'intéressent beaucoup plus à leur plateforme et à ce qu'ils ont à offrir aux Canadiens. »

Le professeur Fournier croit également que ces formations politiques mettront de l'avant les faiblesses du bilan conservateur. « Le principal avantage qu'ont les partis d'opposition est que le bilan des conservateurs est attaquable au niveau économique : ils ont fait des déficits, on ne sait pas s'ils vont équilibrer le prochain budget, nous sommes probablement en récession. Il l'est aussi au niveau de la sécurité, au niveau environnemental, des institutions démocratiques avec le procès Duffy. Avec une aussi longue campagne, les partis d'opposition vont pouvoir taper sur le clou longtemps et ça pourrait se retourner contre les conservateurs. »

Le temps d'expliquer

Pour l'électorat, une quantité plus importante d'information sera disponible en vue de faire un choix le 19 octobre, soutient Antonin-Xavier Fournier. Cette grande quantité d'information pourrait toutefois créer une saturation, voire

une lassitude chez la population. Est-ce que l'électorat pourrait vouloir punir le gouvernement pour avoir déclenché une aussi longue campagne?

« Il faut être prudent avec ça, je ne serais pas prêt à dire que ça arrivera. S'il se dégage que le gouvernement a déclenché la campagne par un certain opportunisme, alors oui. Mais pour le moment, je ne sens pas cette impression comme devenant majoritaire. »

La vraie campagne électorale n'a pas encore commencé, selon Antonin-Xavier Fournier. « Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la campagne risque de débuter lentement. Les chefs ne sont pas toujours en campagne et prennent des journées de repos. On peut s'attendre à une accélération après la Fête du travail. »

Ce contexte pourrait être une belle occasion pour les candidats locaux de pouvoir s'exprimer davantage sur la place publique. « Ça pourrait peut-être mettre de l'avant des enjeux locaux dont on entend beaucoup moins parler. »

Image de parti et stratégie

Qui dit « stratégie » dit nécessairement « moyen le plus efficace possible d'atteindre un but donné. » Lorsqu'il est question de stratégie politique, la finalité tant espérée est toujours la même : accéder au pouvoir. Analyse et interprétation des images proposées par les quatre partis principaux du paysage politique fédéral avec Emmanuel Choquette, chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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Stephen Harper,

Parti Conservateur du Canada (PCC)

« En tant que premier ministre sortant d'un long mandat, la campagne de Stephen Harper doit lui permettre de montrer qu'il est capable de défendre le bilan de toutes ces années au pouvoir tout en promettant à l'électeur qu'il sera en mesure de faire encore mieux s'il est réélu. Ce n'est pas une position facile à défendre, car les partis d'opposition ont beaucoup de reproches à faire au PCC, ce qui affaiblit considérablement celui-ci, car il doit se défendre de tous bords, tous côtés en préservant l'image d'un parti fort, stable et rigoureux qui saura rassurer les gens et leur donner le goût de réitérer leur vote de confiance. »

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Thomas Mulcair,

Nouveau Parti démocratique (NPD)

« Le NPD commence la campagne en force avec des sondages qui ne cessent de s'avérer en leur faveur. Forts de quatre années dans l'opposition où Thomas Mulcair a pu montrer son expérience et se faire la voix de la conscience du PCC, un rôle qu'il s'attribue ouvertement, les électeurs voient en lui la possibilité d'un renouveau raisonnable, d'un changement calculé. L'image qu'il projette est celui d'un leader à l'écoute du citoyen, un personnage sympathique. Pas étonnant d'ailleurs de voir son nom devenir « Tom » Mulcair sur les pancartes électorales! C'est une façon de le rendre accessible, tout comme son bien-aimé prédécesseur Jack Layton a su l'être. »

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Archives, La Presse

Justin Trudeau,

Parti Libéral du Canada (PLC)

« Il y a deux aspects principaux contre lesquels doit sans cesse se battre Justin Trudeau pour bâtir sa crédibilité en tant que chef de parti et potentiel premier ministre. Premièrement, il doit montrer qu'il possède l'expertise et la maturité pour aspirer obtenir la confiance des canadiens, qui se font d'ailleurs répéter qu'il est trop jeune et par conséquent qu'il n'est pas prêt. Deuxièmement, il doit s'émanciper de l'image de son père, car plusieurs l'accusent d'avoir eu un accès privilégié à la politique grâce à ce dernier. C'est pourquoi il doit absolument se faire un prénom, pour que la population distingue bien Justin de son paternel. »

Gilles Duceppe,

Bloc québécois

« Le Bloc québécois n'a jamais vraiment changé d'image avec le temps, leur principale préoccupation étant de représenter le Québec dans un pays de langue et de culture différente. Ce n'est pas une mauvaise stratégie, car dans une démocratie représentative, il est évident que tous devraient avoir la possibilité de faire entendre leur voix, même minoritaire. Je crois que le Bloc a bien fait de solliciter le retour de M. Duceppe, car malgré sa défaite aux précédentes élections, il demeure une figure connue, aimée du grand public et en qui les gens ont encore confiance. À preuve, les sondages de ce matin montrent une remontée importante du Bloc, qui avoisine maintenant les 21 % des intentions de vote. »

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