Le télescope et le miroir

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Noémie Verhoef

Alors que des experts issus de domaines aussi vastes et divers que la biologie, l'écologie, les mathématiques, la science-fiction, la théologie ou l'informatique se penchent sur la question de la possibilité de la vie extraterrestre, les philosophes arrivent plutôt au constat que dans cette quête éternelle de connaissance du monde se terre le désir humain de se connaître soi-même.

ANALYSECar paradoxalement, connaître, c'est d'abord et avant tout reconnaître. Nous pouvons affirmer connaître ce qu'est telle ou telle chose, car nous savons reconnaître en elle les caractéristiques qui la distinguent des autres objets du monde. C'est ainsi que, depuis notre tendre enfance, nous créons des concepts, que nous classons en catégories, et qui nous permettent de communiquer entre nous à propos de la réalité par le biais du langage.

Qu'advient-il, toutefois, lorsque l'objet de la connaissance que nous tentons d'acquérir est fondamentalement différent de ce que nous avons appris à reconnaître? Nous avons le réflexe naturel de lui apposer des catégories qui nous sont familières, même si celles-ci ne lui sont pas nécessairement appropriées. C'est notamment ce qui se passe lorsque tout un chacun essaie de se représenter ce que la vie extraterrestre peut bien être, car il n'y a pas d'Ailleurs plus intrinsèquement différent que ce que nos sens ne peuvent avoir appréhendé ici, sur Terre. Alors l'esprit s'emballe, et l'imagination aussi.

Ainsi, les extraterrestres sont généralement représentés dans l'imaginaire collectif comme ayant deux yeux, deux oreilles, une tête, des membres... Bref, alors que nous tentons d'imaginer un autre monde, voilà que le nôtre ressurgit inévitablement, car il est la condition nécessaire de l'acte même de penser.

Certains scrutent donc l'espace en espérant y trouver signe de vie intelligente, que ce soit en tentant de capter des ondes radio, en cherchant des vestiges de constructions extraterrestres sur d'autres planètes ou encore en apercevant la silhouette d'un vaisseau allant à leur rencontre.

Cette recherche tient pourtant pour acquis que si la vie extraterrestre existe, elle est nécessairement intelligente, et qu'elle a un désir réciproque au nôtre de communiquer; des suppositions qu'il serait peut-être plus prudent d'éviter. C'est d'ailleurs ce qui distingue principalement l'amateur d'histoires d'OVNIs de l'astrophysicien. Même si ce dernier n'est pas à l'abri de telles erreurs d'interprétation (car il est lui aussi prisonnier de ses propres outils de pensée), il a toutefois l'avantage considérable de pouvoir analyser des échantillons et des images concrètes provenant de cet Ailleurs que d'autres sont réduits à imaginer.

Au final, le désir de connaître ce qui nous est étranger (l'expression anglaise what is alien to us serait tellement plus appropriée ici) nous renvoie inévitablement à celui de nous connaître nous-mêmes, car entre l'acte de pointer un télescope vers l'immensité du ciel ou celui, anodin, de se regarder dans le miroir, il n'y a que très peu de différence; l'un nous permettant de nous définir nous-mêmes à partir de ce que nous ne sommes pas, et l'autre nous permettant de reconnaître qui nous sommes.

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