Écouter le ciel

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Si demain matin les scientifiques découvraient de la vie extraterrestre intelligente, ça ne changerait absolument rien à notre quotidien. Mais d'un point de vue philosophique, ça changerait tout.

« Une découverte comme celle-là serait aussi importante que lorsqu'on a réalisé que la Terre n'était pas le centre de l'univers. Elle modifierait notre interprétation du monde, nous forcerait à une remise en question. Quel serait notre rôle dans le cosmos? À long terme, notre perception de nous-mêmes et notre rapport aux autres changeraient graduellement », croit Robert Lamontagne, astrophysicien à l'Université de Montréal et directeur du télescope du Mont-Mégantic.

Pour sa part, l'astrophysicien est fasciné par l'idée d'une vie intelligente ailleurs dans l'univers. Une question à laquelle il souhaite obtenir une réponse avant de mourir, admet-il à la blague. « Tout le monde serait touché. Prenons par exemple les photos de Hubble qui montrent des nébuleuses et des galaxies. Ça ne sert à rien, mais les gens sont fascinés par leur beauté, sont interpellés par les grandes distances », ajoute-t-il.

Avec l'annonce en juillet du projet Breakthrough Listen, lancé par l'astrophysicien Stephen Hawking et financé par le milliardaire russe Yuri Milner, l'humanité fait un petit pas de plus pour trouver réponse à cette grande question : sommes-nous seuls dans l'univers?

Acheter du temps

Le projet Breakthrough Listen part de l'hypothèse que la vie intelligente existe ailleurs dans l'univers. « Si son intelligence est semblable à la nôtre, elle va nécessairement passer par les mêmes stades de développement que nous : la radio, la télévision, le radar... La physique est la même partout dans l'univers », explique M. Lamontagne.

Comme une certaine partie de nos ondes radio quittent la Terre et voyagent dans l'espace à la vitesse de la lumière, on peut supposer qu'à l'inverse, celles d'une civilisation extraterrestre atteignent notre planète.

L'idée n'est pas nouvelle. Les humains tentent de détecter de la vie extraterrestre par l'entremise de signaux radio depuis le début des années 60. Pourquoi les tentatives restent-elles vaines? « Pour balayer tout le ciel, ça prend beaucoup temps et il faut le faire à différentes fréquences. Ça prend aussi des radiotélescopes extrêmement performants, car les signaux sont très faibles », explique l'astrophysicien.

Conversation à sens unique

Mais le temps, il n'en manquera plus puisque les 100 M$ de M. Milner serviront justement à en acheter. Voilà l'aspect innovateur du projet. « L'argent permettra notamment d'acheter 25 à 30 % du temps de deux gros télescopes : le Green Bank, en Virginie, et le Parkes, en Australie. De cette manière on écoutera plus souvent et sur plus de fréquences », souligne Robert Lamontagne.

Même si le projet permettait de capter un signal radio d'une civilisation extraterrestre, il est peu probable que nous arrivions à le décoder, indique M. Lamontagne : « Ils ne parleront pas la même langue et on ne comprendra pas comment le message est structuré. »

Et le rêve (ou le cauchemar) d'une interaction avec les extraterrestres? Il restera encore de la science-fiction... La moindre réponse de notre part pourrait prendre des centaines de milliers d'années à leur parvenir.

« Il y a fort probablement des civilisations extraterrestres intelligentes, mais pas autant qu'on veut bien le croire », dit l'astrophysicien, qui estime assez faible le potentiel de réussite de Breakthrough Listen. Cela ne l'empêche pas de trouver le projet emballant. « Si on ne cherche pas, on ne trouvera jamais! » lance-t-il.

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