L'Afrique, lieu de métissages

Le professeur Patrick Dramé... (Courtoisie, Université de Sherbrooke)

Agrandir

Le professeur Patrick Dramé

Courtoisie, Université de Sherbrooke

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les Festival des Rythmes d'Afrique se termine à peine que les Sherbrookois s'apprêtent à se nourrir à nouveau de Traditions du monde. Mais que connaissons-nous du monde? Et que connaissons-nous, surtout, de l'Afrique?

Nommez dix pays d'Europe. Facile? Répétez le défi avec l'Afrique... La tâche devient-elle plus ardue? Malgré ses 54 pays, le continent africain reste peu connu et souvent boudé par les voyageurs. Conséquence : la diversité culturelle africaine peine à traverser les océans.

Selon Patrick Dramé, cette méconnaissance de l'Afrique nourrit une certaine tendance à la généralisation. « Les gens pensent souvent que tous les Noirs partagent une même culture », fait remarquer M. Dramé, professeur au département d'histoire de l'Université de Sherbrooke et spécialiste de l'histoire de l'Afrique.

L'Afrique présente en fait des différences culturelles majeures, mais en même temps, des groupes ethniques partagent des points communs, à certaines variations près. Ainsi, les Bantous, présents du Nigéria jusqu'en Afrique du Sud, ont des traits culturels similaires en matière de langue, de philosophie, de littérature... Quant aux pays d'Afrique de l'Ouest comme le Sénégal, la Mauritanie, le Burkina Faso ou la Guinée, ils possèdent de très forts liens de parenté.

« Par exemple, les pays pratiqueront une même religion traditionnelle, mais les dieux ne portent pas le même nom, les rituels peuvent diverger, les totems familiaux varient selon les cultures », explique Patrick Dramé.

Pour le professeur, le mot « métissé » décrit bien la culture africaine. Le Maghreb, avec ses traits culturels spécifiques plus proches de ceux du Moyen-Orient, contribue notamment à ce mélange des cultures. « L'Afrique subsaharienne a importé beaucoup de traits culturels maghrébins, mais les a transformés à sa manière. La langue swahilie est truffée de mots en arabe et le wolof, parlé au Sénégal, emprunte des mots arabes, français et anglais», donne-t-il comme exemple.

Le métissage touche aussi les religions. Dans les pays catholiques, les croyants peuvent garder certaines pratiques des religions traditionnelles animistes, ajoute M. Dramé.

Un manque de nuances

Les images peu nuancées de l'Afrique véhiculées par certains médias, mais aussi les agissements des Africains eux-mêmes, contribuent aussi à la généralisation, souligne le professeur.

« Par exemple, le président du Burundi qui refuse de quitter son poste après deux mandats ou encore certaines pratiques culturelles et sociales inacceptables - comme le mariage de petites filles de 15 ans - continuent à alimenter ce regard très négatif. »

Ce traitement sans nuance de l'Afrique donne l'impression d'un continent complètement pauvre et corrompu, alors que certains pays réussissent bien sur les plans économique et des droits de l'homme, rappelle le professeur.

Malgré tout, Patrick Dramé considère que le Québec montre une belle ouverture sur la société africaine. « On compte beaucoup de festivals qui permettent de faire connaître cette culture pour sortir de nos regards trop simplistes et comprendre la complexité culturelle de ces populations », se réjouit le professeur, qui lui-même forme dans le cadre de son travail une première génération de Québécois sur l'histoire de l'Afrique. « Lorsque nous nous intéressons à l'Afrique, nous l'encourageons à avancer positivement vers l'avenir », croit-il.

Envie de tester vos connaissances?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer