Symbole et paradoxe du projet de loi 54

La docteure en philosophie Valéry Giroux voit surtout... (Archives La Presse)

Agrandir

La docteure en philosophie Valéry Giroux voit surtout le projet de loi 54 comme une «belle occasion manquée de remettre en question de manière plus sérieuse et approfondie notre rapport aux autres animaux».

Archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Qu'ont en commun une chaise et un chien? Outre les quatre pattes, les deux sont considérés comme des biens meubles selon le Code civil du Québec. Les animaux passeront toutefois du statut d'objet à celui d'«êtres doués de sensibilité» si le projet de loi 54 sur l'amélioration du statut juridique de l'animal est adopté.

Pour Valéry Giroux, docteure en philosophie et coordonnatrice du Centre de recherche en éthique, logé à l'Université de Montréal, la modification du statut des animaux reste «purement symbolique». «Tout ce que l'on cherche à faire, c'est réaffirmer et donner du mordant à ce que l'on accepte déjà», souligne-t-elle.

Cet avis est partagé par l'Association québécoise des SPA et SPCA (AQSS), qui interprète ce changement comme un geste «symbolique, mais notable, qui devrait être un rappel important à tous, notamment aux tribunaux».

Même si la cruauté envers les animaux est déjà illégale en vertu du Code criminel canadien, le projet de loi 54 ajoute aussi «du mordant» aux lois actuelles, notamment avec des amendes jusqu'à 250 000 $ (doublées et triplées en cas de récidive) et des peines d'emprisonnement allant jusqu'à 18 mois en cas de récidive.

«Ce projet de loi pourrait faciliter les poursuites judiciaires dans certains cas et peut-être mieux dissuader les potentiels contrevenants», reconnaît Mme Giroux.

L'AQSS voit d'ailleurs le projet de loi 54 comme «un autre pas dans la bonne direction » qui fournira des « outils supplémentaires» aux inspecteurs.

Des incohérences

Le projet de loi 54 présente toutefois de profondes incohérences. On peut y lire qu'«outre les dispositions des lois particulières qui protègent [les animaux], les dispositions du présent code relatives aux biens leur sont néanmoins applicables.» Ainsi, les animaux ne seraient plus des biens, mais pourraient continuer à être traités comme tels.

En outre, si les animaux de compagnie sont mieux protégés contre des gestes cruels, les animaux d'élevage sont exemptés de ces nouvelles dispositions. «Les animaux continueront à pouvoir être appropriés, torturés et tués, pourvu que ça respecte les ''normes de l'industrie'', c'est-à-dire du moment que c'est fait dans le respect des pratiques courantes, même si ces pratiques impliquent des souffrances abominables et la mort», souligne Valéry Giroux.

Tout compte fait, elle voit surtout le projet de loi 54 comme une «belle occasion manquée de remettre en question de manière plus sérieuse et approfondie notre rapport aux autres animaux.»

Pour l'éthicienne, l'idéal serait de «reconnaître l'intérêt de tous les êtres sensibles à la liberté au sens où on l'entend pour tous les êtres humains». En refusant de considérer les animaux comme nos égaux, «nous les maintenons dans une situation où ils restent à la merci de la bonne volonté de leurs gardiens ou de leurs propriétaires», soutient-elle.

Valéry Giroux est consciente que sa position sème la controverse. C'est pourquoi elle souhaite surtout «qu'un débat public de fond ait lieu sur notre rapport aux autres animaux afin que nous en venions à reconnaître collectivement le fait qu'il est injustifiable d'infliger de la souffrance à des animaux ou de tuer des animaux dans le cadre de pratiques non nécessaires comme le divertissement, la mode vestimentaire, la consommation de protéines animales, l'activité sportive, etc.»

Une fois cette étape franchie, les Québécois seraient peut-être prêts à entamer une réflexion profonde sur le statut des animaux...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer