L'histoire pas rapport d'une fille qui cherche une vieille photo d'école pour le spécial de La Nouvelle de la semaine prochaine

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Notre vie tient plus ou moins dans une boîte. Je dis ça, mais on s'entend, c'est une évaluation assez sommaire et arbitraire. Y en a sûrement pour qui ça remplit un bon locker d'entreposage, d'autres pour qui ça tient dans un porte-feuille.

So far, on dirait que je suis du type boîte. Une vieille boîte, squeezée dans le fond du placard derrière une bibliothèque que j'ai montée là avec des caisses de bois empilées et qui débordent de livres. Toujours est-il qu'on ne peut plus sortir la boîte, quand on veut y trouver quelque chose, faut tout retirer à bout de bras, une poignée à la fois. Y a un peu de tout, surtout des photos, certaines m'appartiennent, d'autres sont à ma blonde, c'est comme si on avait mélangé nos vies en rétroactif.

Pas mal de photos, donc, mais pas tant parce qu'il faut bien avouer qu'on n'était pas trop « posons pour la postérité » dans la famille et que les quelques clichés qui ont été croqués dans ma jeunesse, mon adolescence et même ma jeune vie d'adulte l'ont été avec des petits appareils 110 munis d'un flash cube, le genre de trucs qui te faisaient des photos de merde assurées.

Quand même quelques photos, pas toujours claires, juste assez pour que tu puisses essayer de te rappeler le nom des gens avec qui tu souris, là-bas au camp de cadets de Longue-Pointe, un peu plus tard lors d'échanges étudiants à Edmonton ou Vancouver, ici pendant ce long séjour à Katimavik. Tiens, dans ce cas-ci, c'était une bonne idée d'écrire les noms derrière la photo, t'aurais dû le faire plus souvent.

Parmi les photos prises ici et là, quelques-unes toujours dans leurs enveloppes originales, accompagnées tantôt de remerciements pour un mariage, un baptême, un décès. Des fois, t'avais oublié. Ça te revient. Là.

Des photos, mais pas que. Y a toutes les cartes postales de l'amie B qui a eu la délicatesse de nous partager son tour du monde; des lettres aussi, écrites de la main de gens dont tu n'as plus entendu parler depuis des lunes, mais que tu aimais bien. Tu pensais jamais les perdre de vue. La vie fait ses affaires.

Dans tout le fouillis de souvenirs, dans tout le fouillis de la vie, y a aussi des souvenirs de voyages, quelques billets de spectacles, un ancien passeport, des articles de journaux conservés dans une chemise beige. T'ouvres la chemise. Une photo de Na, prise au CHUS pendant qu'elle espérait cette double greffe qui n'est jamais venue. En première page des lectures livrées lors de ses funérailles, un mot de sa main :

« Il paraît que ce ne sont pas les chemins les plus faciles qui sont les meilleurs. Mais ce qu'il faut se rappeler surtout c'est que chaque minute de sa vie doit compter, chaque journée on doit les vivre pleinement. Nul ne sait de quoi demain est fait ni ce que l'avenir nous réserve. Nul ne peut même prédire de combien de lendemains nous disposons. »

Des fois, tu cherches une vieille photo d'école pour un spécial de La Nouvelle, tu fouilles dans la boîte où ça devrait se trouver pis tu te rends compte en scrutant les photos et les papiers qui s'emmêlent que la vie passe en laissant quelques traces ici et là.

Tu penses que ta vie tient dans cette boîte.

Tu te rends compte que non.

Ce qu'il y a dans la boîte, c'est l'essence de la vie. C'est là qu'elle prend et reprend tout son sens. Mais la vie est ailleurs. Partout. Dans tout.

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