Le journal le plus utile en ville

Les camelots Gérard Favreau et Mathieu Delorme entourent... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Les camelots Gérard Favreau et Mathieu Delorme entourent la directrice et éditrice du Journal de rue de Sherbrooke, Nancy Mongeau. Avec la soirée-bénéfice Donnons la voix aux sans-voix, qui aura lieu jeudi, l'organisme espère amasser une jolie somme pour renflouer ses coffres.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Les finances du Journal de rue de Sherbrooke se portent mal. Mais ses camelots n'abdiquent pas. Visite au bureau du bimestriel le plus utile en ville, à quelques jours d'une grande soirée-bénéfice.

Dans le local du Journal de rue de Sherbrooke, rue King Ouest, le camelot Rosaire Morneau tente de convaincre sa douzaine de collègues assis autour de la table que tenir sa pile d'exemplaires de ce côté-ci, et non pas de ce côté-là, attire davantage les clients.

Ça rigole et ça s'obstine joyeusement sur un ton bon enfant qui ne laisse pas deviner l'abîme qui attend le journal si son compte en banque n'est pas rapidement oxygéné. Donnons la voix aux sans voix, un concert-bénéfice mettant en vedette la formation a cappella Musique à bouches, marque jeudi le point culminant d'une campagne de financement qui a déjà permis au Journal de rue de décrisper les poings, mais pas d'assurer sa pérennité.

L'organisme aimerait éventuellement rouvrir les portes de son local chaque jour, comme il le faisait auparavant, alors qu'il servait des cafés et permettait à ceux qui en ont besoin de se réchauffer. La cafetière ne bout désormais plus que deux après-midis par semaine, faute de moyens.

« Le café de rue comblait une grande demande, note la directrice et éditrice Nancy Mongeau. La Chaudronnée ferme ses portes à 13 h et l'Accueil Poirier ouvre à 17 h, alors il y quatre heures en après-midi durant lesquelles les gens seuls, les gens en situation d'itinérance et les gens isolés pouvaient venir ici plutôt que d'errer ou de subir le froid. »

Créé en 2002 comme un outil de réinsertion sociale pour les ex-détenus, le Journal de rue de Sherbrooke se métamorphoserait bientôt en pendant estrien de L'Itinéraire montréalais : une publication vendue par les gens de la rue et conçue en partie par les gens de la rue. 1,25 $ par exemplaire écoulé au coût de 3 $ devant la Maison du cinéma, le Marché de la Gare ou la Brûlerie de café Faro, pour ne nommer que quelques points de vente, atterrit dans les poches du camelot.

« Ça nous permet de faire un peu d'argent, mais aussi de rencontrer du monde. Ça fait du bien au moral, note Mathieu Delorme. C'est gratifiant, parce que l'argent qu'on fait avec le journal sert aussi à payer le local. »

Mais si vous êtes capables de rester ainsi debout pendant de longues heures à l'entrée des boutiques, ce qui n'est pas une sinécure, pourquoi ne vous trouvez-vous pas un vrai boulot, messieurs? « Moi, j'ai longtemps eu une vraie job, comme tu dis, puis j'ai reçu un diagnostic de sclérose en plaques. Vendre le journal, c'est pas mal la seule job que je peux faire », répond Pascal Pépin.

« Il y a toutes sortes de facteurs qui empêchent les gens d'être engagés, comme l'âge ou la santé mentale, note son camarade Gérard Favreau. Il n'y en a pas ben ben, des employeurs qui sont prêts à donner une chance à quelqu'un qui n'est pas complètement stable. »

Es-tu un vrai itinérant?

Le Journal de rue jouit de la générosité de nombreux commerçants qui acceptent que ses camelots abordent leurs clients. Mais le bimestriel se heurte de plus en plus aux préjugés de ceux qui chassent nos gentlemen vendeurs. « Les SAQ, c'était parmi nos meilleurs spots », peste Gérard Favreau, qui aimerait que la société d'État revienne sur sa décision et permette à nouveau à sa bande de proposer leur journal à ceux qui vont faire le plein de gin et de beaujolais.

« Certains commerçants vont dire que selon leurs règlements, toute sollicitation est interdite à l'intérieur ou à l'extérieur de leurs établissements », explique Cédric Rodier, intervenant social de l'organisme. « D'autres commerçants prétextent que des clients se sont plaints. » C'est ce dernier motif qu'invoque la porte-parole de la SAQ, à qui nous avons passé un coup de fil.

Malgré tout, une curiosité anime toujours les passants que croise Bernard Couture, camelot et poète en résidence du Journal. « On me demande souvent : "Es-tu un vrai itinérant?" Moi, je réponds que je suis pauvre et que faire ça me permet de manger de façon honorable. »

Nos camelots ont pour la plupart un domicile fixe, mais comme le résume avec flegme Roch-Henri Gagnon : « Des fois, je rushe en tabarouette pour me trouver de quoi à manger. »

Cédric se rappelle l'après-midi au cours duquel il s'est mis dans la peau d'un camelot, pendant une toute petite heure. Constat : « J'ai trouvé ça difficile, surtout que je n'ai rien vendu. Il y a des gens qui ne te regardent pas, qui détournent le regard, même si tu leur dis bonjour. Les gens qui t'ignorent, c'est ça, le plus douloureux. »

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