Femme depuis toujours

Le journaliste Pierre McCann a rencontré Catherine, qui... (Photo Imacom, Jessica Garneau)

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Le journaliste Pierre McCann a rencontré Catherine, qui lui a raconté son histoire. Assignée homme à la naissance, la femme a révélé sa véritable identité à son entourage en 2010.

Photo Imacom, Jessica Garneau

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« Je suis née dans le mauvais corps, mais j'ai toujours été une femme. »

Catherine a 57 ans. Souriante, pleine d'assurance, radieuse. Une femme transsexuelle à part entière. Correction : une femme à part entière.

«Est-ce qu'avant j'étais un homme? Non. Sauf que je n'ai pas pu vivre dans mon corps de femme toute ma vie. Je ne laisse pas entendre que j'ai déjà été un homme, j'ai toujours été une femme.»

À l'enfance, Catherine ne peut parler de sa véritable identité, de peur de passer pour folle ou perverse. «Mon enfance, c'est 1960. [La transsexualité] n'est pas juste tabou : t'en parles pas. Même l'homosexualité est illégale à cette époque-là.»

Catherine vit aujourd'hui pleinement sa vie de femme. Pour y arriver, le plus difficile a été de s'accepter elle-même. «Le coming out le plus difficile à faire, c'est avec toi-même. Quand tu réussis à faire ça, là t'es capable de pouvoir rencontrer des thérapeutes, des groupes de soutien. Avant, t'es pas capable de faire ça. Tu te caches, t'es toujours dans le déni.»

Catherine confie que la période du coming out a été particulièrement éprouvante. « À ce moment-là, c'était l'homme qui allait au travail et c'était encore l'homme à la maison. Quand je partais en thérapie, je me louais une chambre d'hôtel et j'allais me changer [en femme]. Ç'a été comme ça pendant six mois. C'était toute une époque!»

Un choc

C'est en 2010 que Catherine en parle à son entourage. Pour son ex-conjointe, l'annonce a l'effet d'un choc. «J'ai été 25 ans en couple. Ma conjointe ne l'a jamais vu venir.» Les deux femmes sont aujourd'hui en bons termes.

Ses frères, ses filles, ses parents, son milieu de travail : pratiquement tout le monde ne s'y attendait pas. «Ils voyaient que je faisais des activités qui étaient très masculines à leurs yeux.»

Pour ses filles, le dévoilement de l'identité sexuelle de Catherine vient avec la séparation de leurs parents. «Sur le coup, mes filles ont eu plus de difficulté avec la séparation que la transsexualité.»

L'annonce est tout de même douloureuse et ses filles continuent de l'appeler papa. «C'est la concession que j'ai faite avec elles, de dire que je ne m'offusquerai pas qu'elles m'appellent papa. Je leur ai demandé de ne pas le faire en public, de faire attention. Quand on est en privé, ça va.»

«Je n'ai jamais eu de problème»

Signe que la société évolue ou que son milieu est particulièrement ouvert et soutenant, Catherine est un exemple de personne transsexuelle qui n'a connu que peu de cas de discrimination, hormis quelques maladresses.

«Comme j'ai toujours dit, je demande aux gens de la compréhension de leur part. Je pense qu'il faut que je sois compréhensive aussi dans les erreurs qu'ils peuvent faire. À part ça, je n'ai jamais eu de problème.»

Pour échanger sur son vécu et celui des autres, Catherine participe à certains groupes de discussion et de soutien, notamment celui mis en place par l'organisme IRIS Estrie. Elle est régulièrement confrontée aux problématiques vécues par les personnes transsexuelles.

«Je suis peut-être chanceuse, j'ai peut-être un milieu autour de moi qui est vraiment spécial. [...] Dans les groupes de discussion, ce qu'on entend, souvent, c'est négatif. Chaque personne vit ses choses différemment, mais d'autres l'ont vécu comme moi et on n'en entend pas parler. Il faut qu'on enlève cette image-là.»

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