La chute de Lysanne Gallant

Selon Lysanne Gallant, l'échec n'existe pas. Il est... (IMACOM, MAXIME PICARD)

Agrandir

Selon Lysanne Gallant, l'échec n'existe pas. Il est une vue de l'esprit et ne tient pas compte de la réalité.

IMACOM, MAXIME PICARD

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Claude Masse

En cette époque de réussite à tout prix, on ne parle trop souvent de l'échec que du bout des lèvres. Mais bannir le mot échec de notre vocabulaire, c'est non seulement nier la vie, c'est lever le nez sur de fertiles occasions d'en apprendre sur soi. La Nouvelle donne cette semaine la parole à ceux qui ont su transformer leurs revers en leçons, voire en tremplins.

La multitalentueuse artiste Lysanne Gallant a accepté de revenir sur un épisode de sa vie professionnelle qui a fait grand bruit en 2010 et qui a déchaîné les passions de plusieurs. Voici donc le portrait de celle qui dit avoir beaucoup appris de ces événements.

D'abord, un retour dans le passé. En 2007, Sherbrooke a voulu se doter d'un spectacle extérieur à grand déploiement à la place Nikitotek. Dès le départ, Lysanne Gallant a commencé à réfléchir, avec une équipe, à l'élaboration de ce spectacle dont elle avait une vision très précise.

« Il m'était limpide que ce premier show devait parler de nous, de notre histoire. Pour que la population s'approprie le lieu, pour que ce spectacle s'ouvre sur l'universel, il devait d'abord s'ancrer dans le particulier... Il nous fallait baptiser ce lieu avec une histoire authentique! »

Enthousiasmée à l'idée de livrer un spectacle artistique et poétique mêlant le théâtre, le multimédia, les arts du cirque, le chant choral, la danse et les arts de la rue, elle planchera avec ses collègues sur un concept qui recevra en 2008 l'aval et l'unanimité des 19 élus; la locomotive du Grand Spectacle de l'eau était lancée.

Lysanne rappelle de manière poétique que cet événement promettait d'être une « histoire sacrée comme une naissance, festive comme un baptême, épique comme une traversée, bouleversante comme une débâcle, alarmante comme une sécheresse et essentielle comme la source ».

Or en 2009 un changement de garde à l'interne signera le début de la fin de cette belle aventure qui était pourtant remplie de promesses. En effet, pour le dire simplement, un virage à 180 degrés s'opérera dans la vision du spectacle. « Un jour est arrivée une résistance, une opposition, muée par le désir de faire les choses à la manière « Las Vegas », évacuant l'aspect identitaire, poétique et artistique du concept original », précisera l'artiste et productrice.

La suite, tout le monde la connaît : Lysanne Gallant se fera montrer cavalièrement la porte moins d'un mois avant la première du spectacle complètement transformé, au mois de juin 2010, pour cause de visions incompatibles; l'une au service du poétique, l'autre du politique.

Celle qui a le sentiment profond d'avoir tout fait pour mener le bateau à bon port parlera en ces mots de ce que certains pourraient considérer comme un échec professionnel : « Pour moi, l'échec n'existe pas. C'est un concept mental qui ne tient pas compte de la réalité. C'est une vue de l'esprit. Je dirais plutôt qu'il arrive, parfois, qu'au-delà de l'honnêteté de nos efforts, l'on finisse par succomber à une opposition, à des résistances. Cela s'appelle la chute. Et, à mes yeux, elle est souvent bénéfique. »

Quelles leçons tire-t-elle de cette chute? « La chute est un moteur puissant de développement! Plus grands sont les enjeux, plus profonds sont les apprentissages. Parmi les choses que j'ai apprises dans cette aventure, outre de me rendre compte de la puissance du politique et de connaître qui tire les ficelles, c'est de savoir me retirer à temps. Quand tu perçois qu'un projet ne correspond plus à ta vision, à tes valeurs, tu te retires. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer