La honte de l'échec

Susan Léger confie avoir vécu un grand sentiment... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Susan Léger confie avoir vécu un grand sentiment d'échec lorsqu'elle a appris que le cancer qu'elle croyait parti pour de bon était de retour.

IMACOM, MAXIME PICARD

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En cette époque de réussite à tout prix, on ne parle trop souvent de l'échec que du bout des lèvres. Mais bannir le mot échec de notre vocabulaire, c'est non seulement nier la vie, c'est lever le nez sur de fertiles occasions d'en apprendre sur soi. La Nouvelle donne cette semaine la parole à ceux qui ont su transformer leurs revers en leçons, voire en tremplins. Écoutons d'abord la femme de radio Susan Léger, qui nous parle de l'étrange sentiment de honte qui l'a envahi lorsque le cancer qu'elle croyait complètement éradiqué a repris du poil de la bête.

On venait tout juste de lui organiser une grande fête pour célébrer ce qui avait à l'époque toutes les allures d'un foudroyant KO. Les plus récents tests ne décelaient plus aucune trace du cancer du col de l'utérus qu'on lui avait diagnostiqué l'année précédente. Après plusieurs mois de traitements et de nombreuses injections de Neupogen, Susan Léger pouvait classer ce douloureux épisode dans la catégorie des épreuves surmontées.Mais de nouveaux scans révéleraient bientôt que la maladie était de retour, qu'elle n'en démordait pas. L'ennemi se relevait. «Quand j'ai reçu la nouvelle en janvier, je n'étais pas fâchée, je n'étais pas triste, j'étais honteuse, confie la communicatrice bien connue. Je vivais un grand sentiment d'échec. C'est comme si je n'avais pas bien fait le travail la première fois.»

Honteuse, vraiment? «Face à mes amis, surtout. Ils m'avaient donné un cadeau collectif lors du party qui marquait ma rémission, un certificat cadeau pour des soins que je n'avais pas encore utilisé. J'avais le goût de leur redonner, je me disais que je ne le méritais pas, parce que je n'avais pas réussi. Je venais aussi de retourner au travail, ça avait marqué un grand pas dans ma guérison et j'avais l'impression de laisser tomber mes collègues.»

Il faudrait à nouveau subir des traitements de chimiothérapie, revoir les infirmières à qui elle avait fait ses adieux, solliciter encore le support de ses parents. Susan croyait être rentrée à la maison avec la ceinture de championne; la voilà qui apprenait rudement n'avoir traversé que le premier round.

«En novembre, j'avais accordé une entrevue à Mélanie Noël de La Tribune où je parlais de mon côté combattif, d'à quel point j'étais fière du chemin parcouru et j'avais soudainement le sentiment d'avoir menti aux lecteurs, même si, au fond, je ne pouvais pas savoir ce qui m'attendait. Maintenant, avec le recul, je suis capable de dire que je n'avais pas de contrôle là-dessus, que ce n'est pas moi, bien sûr, qui a fait que le cancer est revenu.»

Un combat, vraiment?

À l'instar de Susan Léger, nombreux sont les gens atteints du cancer qui s'en remettent à la rhétorique du combat afin de nourrir en eux le courage et ne pas se laisser anéantir par ce face à face avec la mort. Mais est-il possible que cette métaphore sportive confine au sentiment d'échec ceux qui ne parviendront pas à vaincre leur opposant du premier coup? A-t-on autant d'emprise sur son sort lorsqu'on est alité, avec en soi un adversaire invisible, que lorsqu'on se retrouve entre les câbles d'un ring avec, devant soi, un adversaire en chair et en os?

«À force d'employer ces mots-là, on en vient peut-être à penser que la récidive, lorsqu'elle survient, est une défaite, observe Susan. Peut-être qu'on se trompe quand on parle de "se battre". Sauf que cette manière d'envisager la maladie m'a au moins permis d'avoir un contrôle sur mon état d'esprit, au moment où je n'avais pas de contrôle sur mon corps. J'ai été extrêmement positive tout au long de mes six premiers traitements, avant la récidive.»

Elle s'est cette fois-ci autorisée des moments de découragement. Il fallait purger la honte, tout aussi irrationnelle soit-elle. «La récidive a été difficile au plan du moral. Je me suis donné le droit de pleurer, d'être fâchée, de ne pas comprendre. Ce sont des sentiments que je n'avais pas vécus la première fois.»

Au point de perdre confiance en la vie, dommage collatéral qui frappe souvent ceux sur qui le mauvais sort s'acharne? «Je ne me suis heureusement pas rendue là. J'ai encaissé durement, mais pas de là à baisser les bras complètement.»

Susan Léger vient tout juste de terminer une nouvelle série de traitements de chimio. Le cancer l'a peut-être quittée; elle le saura dans quelques semaines. «Je vais recevoir les prochaines nouvelles plus sobrement, peu importe leur nature.» D'ici là, elle continue de prendre soin d'elle. En compagnie d'une amie, elle visionnait pour une énième fois la semaine dernière le navet Xanadu, un plaisir coupable de film mal foutu qui réchauffe le coeur grâce à ses nombreuses scènes parfaitement ratées. Comme quoi la notion d'échec tient aussi beaucoup du regard que l'on pose sur les choses et la vie.

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