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Véronique Grenier est chroniqueuse dans les pages de... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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Véronique Grenier est chroniqueuse dans les pages de La Nouvelle, mais aussi prof de philo bien-aimée au Cégep de Sherbrooke. Et elle est là grâce à un paquet de profs sur son propre parcours.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Véronique Grenier

On rend cette semaine hommage dans La Nouvelle à des profs qui ont marqué le parcours de certains, voire de plusieurs de leurs élèves au fil du temps. Pas mal de belles histoires en perspective...

Une grande partie de moi est le résultat d'une somme de professeurEs. Ils sont plusieurs à avoir posé des jalons importants, en mots ou par leur manière d'être, dans le viscéral de ce que je suis : une professeure de philosophie et une fille qui aligne des mots. Avec du recul, ça me fascine beaucoup que, parfois, une seule phrase ait suffi à déployer ma vie autrement. Et il y a de fortes chances que ces personnes ne sachent pas à quel point elles ont fortement orienté la manière avec laquelle j'ai gossé, et gosse encore, mon chemin.

Alors, il y a eu...

Tonton, mon oncle, enseignait la physique au Cégep et ma tante, Lulu, le français au secondaire. Ils sont à la retraite, désormais. Notre relation a toujours eu une nature pédagogique. Je leur dois beaucoup.

Mon plaisir du savoir, « notamment », est né dans leurs bibliothèques, la diversité de leurs intérêts, le fait qu'ils partageaient tout ça avec moi, même toute petite. Mes rentrées scolaires étaient des fêtes, ils s'intéressaient à mes lectures, mes projets, les nourrissaient. Je crois qu'ils ont fait que je n'ai jamais eu peur de mon ignorance et ai développé le réflexe de me garrocher dedans.

Jean Moreault, français, école secondaire du Phare. Il pouvait tenir, entre ses deux mains, une rangée de dictionnaires. Il avait la voix grave et forte et une culture infinie, me semblait-il. Il est le premier à avoir lu ce que j'écrivais, c'était alors de la poésie trèèèès lourde - j'avais Nelligan tatoué sur le coeur -, et à m'avoir encouragée et soutenue et, surtout, durement critiquée. C'est par son évidence à lui que je devais faire ça, aligner des mots, que je n'ai cessé de le faire.

Daniel Delorme, philosophie, Cégep de Sherbrooke : « Toi, tu devrais étudier en philosophie. » Cette phrase qui m'avait fait rire [dans ma tête] lorsqu'il l'avait prononcée ne pas m'a quitté l'esprit pendant cinq ans, temps qu'il m'a fallu pour assumer que je devais effectivement étudier en philo. L'une des meilleures décisions de ma vie.

Christine Breton, politique, Cégep de Sherbrooke : elle m'a montré à me tenir debout. Dans ma tête et dans mon être. Parce que c'est ce qu'elle incarnait, par sa force, sa dureté, son regard, son rire, ses connaissances, ses coups de fouet intellectuels, son réalisme. Il y a des bouts de moi-humain qui lui sont redevables et de grands pans de moi-prof.

Lors de mon passage en philosophie, à l'Université de Sherbrooke, c'est un tas de professeurEs qui m'ont marqué la chair de l'esprit : un Jean-André Nisole, monument humain qui nous invitait à penser, pas juste à avaler la connaissance; un Sébastien Charles, homme machine qui, par sa seule présence, incitait à la rigueur, au dépassement continuel de soi; un André Duhamel à la boulimie des livres [être dans ses bibliothèques m'est encore l'équivalent d'une confiserie pour un enfant] et aux yeux brillants quand il nous livrait, semaine après semaine, les trois heures de cours les plus bienment chargées de nos vies; un Yves Bouchard qui, en plus de sa terrifiante intelligence, est celui qui m'a un jour dit : « Quand tu bloques, continue d'écrire. Ne t'arrête pas », des mots qui me sauvent encore du jus de cerveau; un Benoît Castelnérac qui avec le rouge de son crayon m'a donné une énorme leçon d'humilité; une Syliane Charles qui savait rendre limpide le complexe et à qui je dois beaucoup de retournement d'idées.

Tous des gens à côté de qui il aurait été si facile de se sentir médiocre. Mais non. Ce qu'ils m'étaient et représentaient me donnaient davantage le goût d'être plus, mieux et autre. Ils ont ainsi été des poutres, des tremplins et des écueils pour mes [nombreuses] angoisses et [nombreux] doutes. J'en profite donc pour les remercier. Chaudement. Et avec affection.

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