Sciences dures et sciences molles

La mère philosophie

David Sénéchal, professeur au département de physique de... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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David Sénéchal, professeur au département de physique de l'Université de Sherbrooke, a enseigné l'histoire des sciences pendant une dizaine d'années.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Les sciences dures et les sciences molles, est-ce que ce sont vraiment deux mondes parallèles? On aborde la question sous différents angles dans La Nouvelle de cette semaine. Mais d'abord, les origines...

Au commencement étaient les philosophes. Ces penseurs de l'Antiquité, comme Aristote, « réfléchissaient sur le monde » et s'intéressaient à tout : métaphysique, physique, mathématiques, zoologie, philosophie politique... Tout cela s'appelait la philosophie.

Avec le temps, des philosophes ont restreint leur champ de réflexion à un domaine en particulier. Par exemple, certains se sont concentrés sur les mathématiques - Euclide, Archimède -, alors, les mathématiciens sont apparus. « On pourrait dire sans trop exagérer que nous descendons tous des philosophes », croit le professeur au département de physique de l'Université de Sherbrooke, David Sénéchal, qui a enseigné l'histoire des sciences pendant une dizaine d'années.

D'ailleurs, ce qu'on appelle aujourd'hui « la science » - avec un grand S - a longtemps porté le nom de « philosophie naturelle ». Pensons au titre du célèbre ouvrage de Isaac Newton, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica (Principes mathématiques de philosophie naturelle), publié en 1687. « La philosophie naturelle s'occupait de la nature et non pas des humains. Le titre de l'oeuvre signifiait qu'on pouvait étudier la philosophie naturelle avec les mathématiques et obtenir des certitudes, parce que les mathématiques donnent des certitudes », souligne le professeur Sénéchal.

Cette variable « humaine » différencie fondamentalement ce qu'on nomme aujourd'hui les sciences « humaines » des sciences « pures » ou « naturelles ». « Plus une chose est certaine, moins elle a rapport à l'humain, indique David Sénéchal. Dès que l'humain entre en ligne de compte, tout devient plus complexe, car on ne peut pas expérimenter comme on veut et contrôler tous les paramètres. Dans certains domaines, comme en histoire, on peut seulement observer. »Difficile à imiter

Au 18e siècle, certains philosophes, comme Kant, ont souhaité imiter le succès des sciences physiques en formulant leur activité sur le même modèle.

« Depuis Newton, la science physique avait apporté des connaissances vérifiables. Grâce à l'observation, on a confirmé l'exactitude de prédictions scientifiques. Les philosophes se sont donc dit que pour rendre la philosophie exacte, elle devait se baser uniquement sur la logique, comme les lois en mathématiques », explique le professeur.

Au siècle suivant, Auguste Comte, fondateur de la sociologie, a inventé ce nom en espérant que cette « science » de la société puisse bénéficier des mêmes critères d'exactitude que les théories scientifiques de la nature. « Même si les mathématiques sont importantes pour certaines sciences humaines, dont l'économie, elles ne leur donnent pas un pouvoir de prédiction comparable à celui des sciences de la nature », précise David Sénéchal.

Cette volonté d'atteindre l'objectivité et l'exactitude des sciences pures n'a évidemment pas connu le succès escompté. « Les sciences de la nature elles-mêmes ne sont pas parfaitement objectives, ni parfaitement exactes », souligne le scientifique. Les sciences pures se trompent parfois. Par exemple, certaines théories fausses ou incomplètes ont été conservées très longtemps, faute de meilleures théories pour les remplacer.

« L'important n'est pas de ne pas se tromper, mais de changer d'avis si l'on se rend compte qu'on s'est trompé », rappelle le professeur Sénéchal.

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