Sur la route avec Béa

Béatrice Migneault a vécu sa vie de camionneuse... (Photo courtoisie)

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Béatrice Migneault a vécu sa vie de camionneuse comme un voyage.

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L'hiver est cruel, la semaine de relâche à nos portes et les débats sur le pouding chômeur et les robes des Oscars trop violents. Bref, toutes les raisons sont bonnes pour partir en voyage. Alors parlons aventures. Et mésaventures.

Si tous les chemins peuvent mener à la vie de camionneuse, le parcours de Béatrice Migneault a de quoi étonner. Avec son goût marqué pour la poésie, sa maîtrise en littérature et son passé de correctrice au Voir et journaliste à Radio-Canada, on ne l'aurait peut-être pas imaginée spontanément en train de « chaîner son truck » pour une difficile traversée de l'Idaho en hiver.

Béatrice Migneault s'est pointée à notre entrevue avec son guide de poche des meilleurs truck stops et son atlas routier des États-Unis, de la même manière qu'on trimballe son Guide du routard ou le Michelin des meilleurs restos en voyage. Entre deux chargements de flotte et la tenue régulière du journal de bord, elle s'est toujours sentie en voyage de toute façon. « Je dors, je roule, je prends une pause, je travaille », énumère-t-elle en insistant sur la séparation entre le travail et la route.« Pour moi travailler c'est charger, décharger, tenir le log book, porter les papiers, faire l'inspection, vérifier les pneus... » Mais une fois derrière le volant, elle se sent encore et toujours en voyage. « On a l'impression d'être en vacances dès qu'on entre aux États-Unis, même si on traverse 3-4 fois par semaine et qu'on refait les mêmes routes. Quand le répartiteur m'a proposé d'aller en Oregon, j'ai écourté mes vacances de Noël pour y aller! »

« J'ai voulu faire ça dès l'âge de 12 ans, quand mon père m'a assise derrière un steering pour m'apprendre à conduire. À cette époque ce n'était pas considéré comme une carrière pour une fille, alors je suis passée à un monde très intellectuel. » Le changement de direction se présente lorsque son poste disparait avec la première vague de coupures à Radio-Canada. « Ça m'est revenu un soir. Eh! Je voulais faire ça moi, chauffer des trucks! »

Béatrice a pris la route professionnellement pour la première fois en 2009, en plein hiver, dans un « monde de montagnes », son premier employeur couvrant la côte est des États-Unis. « Je me rappelle, quand j'ai réalisé que j'avais passé les douanes et que j'étais seule au volant du camion, sans prof à côté. Ç'a été le meilleur éclat de rire depuis des années. »

Elle a ensuite changé d'employeur, entre autres pour varier les paysages. « C'est grand les États-Unis, j'avais envie d'aller ailleurs. » De Joliette à Nashville, elle a exploré le Midwest, puis est descendue jusqu'en Louisiane.

Profiter des pauses

L'horaire d'une camionneuse est généralement serré, mais elle se donnait la liberté de profiter du voyage.

« Pour mes pauses, je m'arrangeais pour arrêter dans de drôles d'endroits, c'est ça qui est le fun, parce qu'il n'y a que moi que ça concerne. Quand je suis allée à la Nouvelle-Orléans, j'ai tout fait assez vite pour arriver avec une disponibilité de 18 heures. La première affaire que j'ai faite c'est de stationner mon camion et d'appeler un taxi. » Pour aller manger du gombo chez Landry, confiera-t-elle plus tard, sur les conseils d'un ami, comme on le fait en voyage...

Ses récits évoquent tout sauf le travail, en effet. « Dans le Dakota du Nord et du Sud, en dessous de la Saskatchewan, c'est le même genre de paysage, c'est plat, y a rien. Le vent de côté prend dans le camion comme dans une voile. Je me sentais comme les pionniers qui s'en allaient dans l'ouest. J'ai vu un groupe d'antilopes, des bisons sauvages, des champs comme dans La Petite Maison dans la prairie. J'avais le sourire accroché jusque-là. » Un voyage de 10 665 km aller-retour, du Québec à la Californie en passant par Portland, Oregon. « Je l'ai vu le Pacifique! »

Béatrice Migneault a accumulé près de 35 000 photos de voyage qu'elle compte partager avec ses souvenirs sur DVD éventuellement. En pause du métier depuis un an, elle aimerait bien aller jouer dans le coin gauche supérieur de son atlas routier. « Je veux faire le Canada d'un océan à l'autre, je l'ai jamais fait, pour aller voir les Rocheuses! Je veux retourner dans le camion. Être payée pour voir du paysage, c'est assez incroyable! »

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