La vie (sociale) après la mort

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François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l'Estrie

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Nora T. Lamontagne

Les traces de notre passage ici-bas sont de plus en plus nombreuses. Mais que faire quand internet les rend indélébiles? À l'heure où notre passé est soigneusement documenté en ligne, éparpillé entre un compte bancaire, des albums photo, des gazouillis et des algorithmes de Facebook, il peut devenir très compliqué de gérer cet héritage particulier à la mort d'un internaute.

« C'est une chose à laquelle on n'a pas le réflexe de penser », souligne François Fouquet, directeur général de la Coopérative funéraire de l'Estrie. Dans l'agitation des jours qui suivent le décès de quelqu'un, les gens ne réalisent pas toujours que la vie du défunt continue en ligne, un peu malgré tout.

Ce phénomène soulève de nouveaux questionnements pour les exécuteurs testamentaires, surtout si aucune indication n'a été donnée au sujet de ces « possessions immatérielles ». Fermer le compte ou le garder in memoriam? M. Fouquet insiste : dans les prochaines années, « il faudra faire entrer dans les moeurs de donner les outils pour effacer nos traces virtuelles ».

Gary Denault, directeur général chez Précimarketing, anime ce mercredi une conférence intitulée Internet après le décès et croit que l'on sous-estime l'importance de nos traces virtuelles. « On a donné cette conférence à des bureaux de notaires et même eux sont restés très surpris. » Internet, encore une fois, change la donne.

Mot de passe, s'il vous plaît

Quand vient le temps de prendre la situation en main, il est commun d'être pris au dépourvu : qui appeler pour fermer un compte Facebook? Gary Denault explique que tout dépend du service en ligne. En règle générale, le responsable de la succession doit envoyer un certificat de décès s'il veut fermer un compte qui ne lui appartient pas.

Toutes ces démarches pour fermer des comptes peuvent paraître compliquées, mais elles peuvent se révéler payantes. McAfee, une compagnie qui vend des antivirus, a commandé une étude qui a découvert que les gens laissent en moyenne 35 000 $ en valeur sur le web, à leur décès. Cela comprend des noms de domaine, des comptes bancaires oubliés, des photos, des vidéos...

La persistance de la mémoire

Les pages Facebook deviennent souvent le lieu de tous les témoignages publics lors de la mort d'une personne. Et même à mesure que les années passent, les anniversaires sont l'occasion d'écrire une pensée pour le défunt, de revisiter son historique. Certains proches tentent même de continuer d'animer cette page.

François Fouquet émet une réserve à ce sujet : « c'est une manière de garder la personne vivante et que son souvenir ne meure pas. Cependant, la grande crainte qu'on a, c'est ce que ça freine le processus de deuil. Ça peut devenir un piège : penser que le virtuel peut prolonger la vie terrestre ».

Un réseau vraiment social

Une autre fonction de Facebook est de pouvoir faciliter la diffusion d'un avis de décès en ciblant exactement les personnes visées. Même La Presse+ a fléchi et a réintégré les notices nécrologiques dans les pages de sa version tablette.

Pour M. Fouquet, l'utilité de ce réseau social ne remet pas en question les rites entourant les funérailles. « J'ai l'impression qu'internet va servir à joindre les gens, mais les poignées de main, les accolades, l'échange et la proximité vont rester. J'espère qu'ils ne seront jamais remplacés par une émoticône. »

Quoi qu'il en soit, les traces virtuelles promettent de documenter la vie d'individus lambda comme jamais avant il ne l'aura été possible dans l'histoire. Il s'agit pour tout un chacun de décider quel héritage virtuel il souhaite laisser derrière lui. Et surtout, de l'indiquer clairement dans son testament.

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