Oiseaux de malheur, oiseaux de bonheur

Steve Roy aime déjouer la redondance qui guette... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Steve Roy aime déjouer la redondance qui guette son travail de présentateur météo en le pimentant d'un peu de fantaisie.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Comment meublerait-on nos conversations si ce bout de terre au nord de l'Amérique que nous habitons n'était pas soumis à autant de variations météorologiques? Nous serions peut-être contraints à parler des vraies affaires, et ce serait bien tragique les amis. La Nouvelle ausculte cette semaine notre obsession collective pour le temps qu'il fait dehors. Donnons d'abord la parole à nos oiseaux de malheur et bonheur préférés, les présentateurs météo.

S'il fallait diviser les présentateurs météo en trois catégories - les météorologues patentés, les jolies blondes et les fantaisistes -, Steve Roy serait sans doute le président de la division régionale de ce dernier groupe. Avec ses cravates bariolées, ses concepts farfelus (il liait prévisions du temps et prédictions hockey lors des dernières séries éliminatoires) ainsi que sa bouille sympathique, le gars de la météo d'ICI Estrie personnifie plus souvent qu'autrement la seule éclaircie dans un bulletin de nouvelles traversé par une ribambelle de lourds cumulonimbus.

« En météo, il y a une dizaine de mots que tu utilises dans une année : neige, pluie, soleil, vent, nuage, grêle, dépression, système. Ça peut devenir extrêmement redondant si on n'y met aucune couleur », explique celui qui a débuté sa carrière de communicateur comme animateur à la radio privée. « C'est possible, oui, de s'amuser. Je veux conserver l'essence du message, parce que je suis un passionné de sciences, tout en enrobant les données pures dans un gros marshmallow. »

Malgré la multiplication des plateformes où consulter des prévisions météo, un vaste public communie toujours avec Steve devant son écran vert. Selon Stéphanie Cloutier, agente aux communications chez ICI Estrie, les capsules du présentateur mises en ligne chaque jour sont celles qui récoltent le plus de clics sur la page Facebook de la station. Une attention qui n'est sans doute pas sans lien avec la joie de vivre de Roy, mais aussi, analyse-t-il, avec la météosensibilité de l'homo quebecus. La météosensibi quoi?

« La météosensibilité. Il y a des gens qui sont très météosensibles. Il fait beau, ils sont heureux; il pleut, ils sont dépressifs. Les Québécois sont complètement dingues de météo. Je comprends et en même temps, je ne comprends pas. Ça fait plus de 400 ans que nos ancêtres sont arrivés ici, mais le Québécois moyen n'a pas encore compris qu'on vit en territoire des extrêmes. On n'a pas de volcans, on n'a pas d'ouragans, mais il y a plus de 65 degrés d'écart entre la journée la plus froide et la plus chaude dans une année. Et ça, dans le monde, c'est assez rare. Sauf qu'on vit ici, alors il faut s'habituer. »

Être miss météo : plus dur qu'on le pense

En 2009, une amie d'Evelyne Charuest lui propose de passer une audition à MétéoMédia. « Je me suis d'abord dit : "Il n'en est pas question!" J'étais bien au courant du stéréotype de la miss météo qui n'est là que pour être du eye candy. Je ne voulais pas qu'on me mette une étiquette pour le reste de ma carrière, surtout que je suis blonde et que j'ai les yeux bleus », se rappelle celle qui venait alors de quitter la Côte-Nord, où elle avait oeuvré comme animatrice au micro de Radio-Canada. « Mais comme je n'avais pas de contrat... »

Elle tiendra ainsi le rôle de présentatrice remplaçante pendant deux ans, tout en continuant de collaborer à Radio-Canada avec l'équipe de l'émission culte Le Sportnographe. « J'ai été surprise, parce qu'être miss météo, c'est beaucoup plus dur qu'on le pense, ne serait-ce qu'à cause de la connaissance de la géographie et des phénomènes météorologiques que ça nécessite. Il faut aussi à MétéoMédia que tu sois à l'aise avec le direct. Tu n'as pas de filet de sécurité. C'est une super école quand on débute dans le métier. »

Des regrets? « Non! Quand je suis arrivé à Vancouver, la première chose qu'on a remarquée sur mon CV, c'est mon passage à MétéoMédia. J'ai pu faire la météo ici, à la fois en français à Radio-Canada et en anglais à CBC. Ça m'a ouvert des portes que je ne soupçonnais pas », assure celle qui contribue présentement depuis la métropole britanno-colombienne à l'émission Couleurs locales de la chaîne télé Unis.

Objets de désirs, les présentatrices météo? Très certainement. Allez jeter un oeil pour vous en convaincre à ce troublant forum en ligne alimenté par une poignée de téléphages qui commentent l'apparence de chacune des animatrices apparaissant à l'antenne de MétéoMédia. Mais elles peuvent aussi devenir des boucs émissaires. Evelyne : « Je me souviens avoir reçu un courriel haineux d'une madame. J'avais dit en ondes qu'il ne pleuvrait pas chez elle, elle s'est mise à peinturer sa galerie et il y a eu une averse. »

La conclusion de Steve Roy : « Il faut prendre les prévisions pour ce qu'elles sont : des prévisions. Mais comparez-nous avec tous les autres gens qui parlent du futur, les astrologues ou les politiciens par exemple, et vous allez constater que nous ne sommes pas si pires que ça. »

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