Information et médias

2015 sera une année de transition

On aura rapidement compris que le «terrorisme» sera... (Photo La Presse)

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On aura rapidement compris que le «terrorisme» sera parmi les mots qui rouleront en boucle en 2015, l'attentat contre Charlie Hebdo ayant jeté la consternation partout dans le monde.

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Christine Bureau

À quoi s'attendre en 2015 dans les secteurs de l'information et des médias? La professeure au département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke, Marie-Ève Carignan, a répondu à nos questions.

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Marie-Ève Carignan

COURTOISIE, CHRISTIAN PERREAULT

La Nouvelle : 2015 sera-t-elle une année charnière ou de transition?

« De transition », répond sans hésiter Mme Carignan, qui répète régulièrement à ses étudiants que les médias traditionnels sont encore bien vivants. La télévision, par exemple, loin de signer son arrêt de mort, utilise le développement des plateformes mobiles et des télévisions intelligentes pour évoluer et se rapprocher du consommateur. « En raison du succès de Netflix, qui a modifié notre façon de consommer des séries télévisées et des films, nous continuerons à voir l'émergence de services de vidéos en continu qui apportent une certaine concurrence aux chaînes traditionnelles. Bell lancera sous peu son propre service de télévision en continu. Vidéotron et Rogers l'ont déjà fait. Et des fournisseurs comme Netflix continueront à produire du contenu original, dont une série en français à venir », note-t-elle.

LN : La leçon (positive ou négative) à retenir de 2014?

C'est une leçon somme toute positive que retient Marie-Ève Carignan de l'année 2014. La couverture de la fusillade à Ottawa a mis en évidence selon elle la « prudence » que tout journaliste se doit d'avoir, malgré les contraintes imposées par les couvertures en direct, la féroce concurrence médiatique et la montée des médias sociaux. Selon elle, les médias canadiens ont réussi à éviter plusieurs débordements, même s'il en est bien survenu quelques-uns. « Je pense que les journalistes sont de plus en plus conscients de l'importance de peser ses mots, de valider ses informations [...]. Je me rappelle qu'à la fusillade de Dawson, on n'avait pas eu la même prudence », mentionne-t-elle. Des médias américains comme Mother Jones et Slate ont d'ailleurs souligné la qualité du traitement journalistique offert de ce côté-ci de la frontière, en comparaison au traitement plus sensationnaliste présenté par nos voisins du sud.

LN : Le mot qui sera sur toutes les lèvres en 2015?

Terrorisme. « C'est un mot qui nous fait se poser beaucoup de questions et qu'on n'ose pas encore tout à fait utiliser », mentionne Marie-Ève Carignan. Ces Canadiens esseulés partis combattre au front pour l'État islamiste ou ces « loups solitaires » restés au pays ont fait couler beaucoup d'encre au cours de la dernière année. « On se demande si on est bien dans du terrorisme, on cherche les mots à utiliser. À Ottawa, il y a un projet de loi à venir sur le terrorisme [NDLR : projet C-44]. On n'a pas terminé d'en entendre parler en 2015 », glisse-t-elle.

LN : La personnalité ou le groupe à surveiller en 2015?

« On en parle déjà, de l'arrivée de Pierre Karl Péladeau en politique », avance Marie-Ève Carignan. Elle rappelle le débat qui a eu lieu en 2014 concernant les potentiels conflits d'intérêts qui pourraient découler du double rôle de PKP, celui d'homme politique et de propriétaire de l'empire Québecor. Et le débat est loin d'être terminé, poursuit-elle. « Il a été nommé Personnalité de l'année par plusieurs médias, dont le Journal de Montréal. Justement, certains se demandent si ce n'est pas déjà une preuve des risques de convergence », glisse-t-elle.

LN : L'erreur à ne pas répéter?

Pour Marie-Ève Carignan, il est important de distinguer l'intérêt public de la « curiosité publique ». Les événements survenus à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa ont fait place à des débordements de l'ordre de la « curiosité », selon la professeure de communications. « Il y a eu un certain acharnement sur les familles des tireurs. Il y a eu des reportages où on a filmé à travers les fenêtres des maisons des familles pour dire qu'ils regardaient les nouvelles. Ça, c'est discutable. On s'est aussi rendu au chalet de la tante d'un des tueurs. On montrait le chalet, les autos, les plaques d'immatriculation. On pouvait savoir où était situé le chalet. C'est presque devenu dangereux pour la famille », déplore-t-elle. C'est sans compter la mère du tireur d'Ottawa, qui s'est finalement sentie « contrainte » de témoigner. « La curiosité publique, c'est tout ce qui n'est pas nécessaire pour comprendre une histoire, ou tout ce qui tombe du côté de la vie privée », résume-t-elle.

LN : Qu'est-ce qu'on se souhaite?

Que les médias continuent d'évoluer, tout simplement. Qu'ils continuent d'avoir une place importante dans nos vies, qu'ils continuent de bien nous informer. « Les médias ont le rôle de départager les rumeurs, les qu'en-dira-t-on, de l'information validée », insiste Marie-Ève Carignan.

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