La podorythmie, plus que du tapage de pieds

Alain Lamontagne... (Archives, La Presse)

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Alain Lamontagne

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Taper du pied, ce n'est pas que taper du pied pour Alain Lamontagne. Le musicien et conteur explique pourquoi il tenait à inventer un terme - podorythmie - pour décrire cette forme de percussion propre aux francophones d'Amérique.

«La légende veut qu'à l'âge de 7 ans, j'ai rencontré un petit être sur une roche qui apprenait à danser à des mille-pattes. Il m'a juré que si j'étais capable de maîtriser deux savoirs, c'est-à-dire deux rythmes avec mes pieds, j'allais vivre jusqu'à 129 ans. À 129 ans, il est supposé revenir pour me présenter l'éternité qui, elle, va m'apprendre le troisième savoir», se rappelle le plus sérieusement du monde le musicien, auteur-compositeur et conteur Alain Lamontagne. Il ajoute : «Vous pouvez ne pas me croire, ce n'est pas moins la vérité.»

Mais pour qui nous prenez-vous? Nous sommes capables d'émerveillement, vous saurez, nous sommes parfaitement capables de croire aux petites êtres magiques. Sauf que bon, disons que nous aimerions entendre une version un peu moins fantaisiste, un peu plus terre-à-terre, du récit de votre découverte du tapage de pieds, ça ressemblerait à quoi?

«Je tape du pied d'aussi loin que je me souvienne. En fait, je pensais que tout le monde, partout sur la planète, faisait ça, ce qu'on appelle le tapage de pieds, le cognage de pieds, le frappage de pieds, le tapia, la gigue assise ou le pas d'accord.»

Eh ben non, ce n'est pas tout le monde, partout sur la planète, qui frappe-cogne-tape des pieds; le musicien le constatera en partant à la découverte du globe à la fin des années 70, à l'occasion de ses premières tournées.

«Je croyais que ça venait peut-être de France, d'Irlande ou d'Écosse, mais je me suis rendu compte que c'est vraiment une particularité de notre culture», explique celui qui a tapé du pied sur cinq continents. «Ça vient vraiment des francophones d'Amérique [des Québécois et des Acadiens]. Oui, à peu près tous les musiciens sur la planète tapent d'un pied, et il y a des danses qui incorporent de la percussion comme la claquette ou le flamenco, mais c'est nous qui tapons des deux pieds pour faire de la percussion. Mon hypothèse, c'est que ça vient des violoneux. Comme ils jouaient longuement, ils jouaient assis et devaient tenir le rythme.»

Il y a de quoi être fier, insiste Lamontagne, au sujet de cette activité à laquelle des expressions réductrices comme tapage de pieds ne rendaient pas justice. Il invente donc le terme podorythmie.

«Tout ce qui nous entoure est associé à un mot, à une définition. Je trouvais ça bizarre qu'il n'y ait pas de mot précis pour décrire cette activité-là. C'est là que j'ai pensé au préfixe podos, pour pied en grec, et à rythmie, ce qui donne podorythmie, pour désigner l'art de faire du rythme avec ses jambes, l'art de trouver des sons sur une surface avec ses deux pieds.»

Le petit galop

Alain Lamontagne compte parmi les meilleurs podorythmistes au monde pour des raisons qui ne sont sans doute pas sans à voir avec le petit être merveilleux qu'il a rencontré à 7 ans, mais qui tiennent aussi beaucoup aux longues heures de travail qu'il a consacrées à développer un langage propre. Parce que la podorythmie, c'est plus que du tapage, c'est une technique que l'on peut peaufiner comme on peaufine son jeu au violon ou à la guitare. Lamontage dispense d'ailleurs depuis plusieurs années des ateliers de podorythmie dans les écoles.

Vous n'auriez pas un truc pour le mononcle ou le cousin qui aimeraient impressionner la compagnie le 31 décembre au soir? «La base, c'est ce que j'appelle le petit galop : droite, gauche, droite. Tu peux faire un bon bout avec ça. L'important, c'est de tenir longtemps. Le faire pendant 30 secondes, c'est assez facile, mais pendant cinq, dix minutes, c'est physique.»

Même s'il est de plus en plus employé par les musiciens et les mélomanes, le terme podorythmie tarde toujours à faire son entrée dans le Larousse ou le Robert. « Je sais que podorythmie, ça fait pompeux, mais ce n'était pas normal qu'on n'ait pas de vrai mot. C'est comme pour l'harmonica. Les gens appellent ça une musique à bouche, ça ne me dérange pas, sauf que dans le dictionnaire c'est écrit : harmonica, harmoniciste. Je pense que notre tradition mérite d'être dans le dictionnaire.»

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